

Les habitants de Munich ont rejeté, dimanche 17 juin, le projet d’extension de leur aéroport. 54% des votants se sont ainsi exprimés contre la création d’une 3e piste aéroportuaire.

La ville de Munich a tranché, du moins, pour le moment. Les habitants se sont majoritairement exprimés contre l’extension de l’aéroport de Munich, avec l’ouverture d’une 3e piste de décollage. Le résultat déclenche la colère des compagnies aériennes, qui font depuis longtemps pression sur la ville pour développer les infrastructures. Depuis son entrée en service il y a 20 ans, l’aéroport a vu le nombre de ses vols doubler et le nombre de passagers tripler. Le but de cette 3e piste était de faire passer la capacité maximale de l’aéroport de 90 vols par heure à 120 vols. Pour le directeur de l’aéroport, « ce vote montre à quel point il est devenu difficile d’exposer clairement l’importance de projets d’infrastructures ambitieux dans notre pays ». La Lufthansa menace d’ors et déjà de reporter ses opérations vers Francfort, Düsseldorf, Vienne ou Bruxelles. « Avec seulement deux pistes, l’aéroport de Munich va commencer à montrer chaque jour ses limites » déclare avec une pointe d’irritation Thomas Klür, responsable des vols vers Munich de la Lufthansa.

54%, un résultat fort… fragile
Le maire SPD de la ville, Christian Ude, a pour sa part déclaré « regretter ce vote », tout en précisant qu’il entendait respecter la décision des citoyens. Une décision qui vaudra pour une durée… d’un an. De fait, les partisans du projet n’ont pas dit leur dernier mot. Alors que le Frankfürter Allgemeine Zeitung ironise sur ce qu’il appelle un « cirque démocratique », que les compagnies aériennes maintiennent leur pression, la force du vote semble singulièrement ébranlée.
La ville de Munich, qui ne possède qu’une partie des actions de l’aéroport, sera probablement bien tentée, une fois l’année écoulée, de proposer un nouveau vote. Une tactique déjà pointée du doigt et qui semble connaître un certain succès chez les décideurs européens en général, et allemand en particulier : face à un refus populaire, à un référendum contraire aux volontés des autorités, proposer encore et encore le projet, insister à nouveau, changer la forme et ce jusqu’à ce que les citoyens cèdent.

Les raisons de la colère
Parmi les soutiens politiques des opposants au projet, le parti écologiste Die Grünen représente un allié de poids des contestataires. Il est vrai que la construction de cette 3e piste représente un impact environnemental conséquent. En effet, selon le collectif 2 Gewinnt !, les travaux sonneraient le glas de l’Erdinger Moos, espace naturel, refuge de nombreuses espèces d’oiseaux. Dans la même logique, on peut par ailleurs questionner la logique d’intensification des vols, à l’heure du réchauffement climatique et de l’explosion du prix du kérosène. La construction de cette piste, au-delà des aspects techniques, des capacités d’accueil, représente un choix révélateur d’un certain projet de société, que ne semblent pas partager les Munichois.

C’est dans cette optique que doivent être comprises les autres critiques mises en avant par les Bavarois, qui tournent globalement autour de la dégradation du niveau de vie qu’entraînerait inévitablement l’extension de l’aéroport. On peut ainsi lire sur le site de 2 Gewinnt !, « Immobilier cher, métros pleins à craquer, manque de places en crèche et école maternelle - Munich doit aujourd’hui déjà trouver des solutions face à la croissance de sa population. Nous sommes opposés à ce type de croissance qu’apporte une 3ème piste d’aéroport : chaos dans les transports, problèmes sociaux (emplois peu ou sous –payés) ». Sont également pointées du doigt les nuisances sonores, avec un passage accru d’avions au-dessus de la partie nord de la ville.

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 Les Munichois rejettent l'argumentaire pro-aéroports quand, selon eux, l'argent manque déjà dans beaucoup de secteurs comme l'éducation
Photo: Angela Rutherford
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Yann Samain
Le 27/06/12