

Mercredi 4 avril 2012, l'Office fédéral de lutte contre les cartels allemand, le Bundeskartellamt, a déclaré avoir ouvert une enquête sur une entente soupçonnée entre les cinq principaux distributeurs pétroliers du pays BP/Aral, Esso, Jet, Shell et Total. Cette enquête fait suite à une série de plaintes déposées par les stations-service indépendantes. Celles-ci seraient victimes des groupes du quintet qui leur cèderaient l'essence à un prix supérieur à celui auquel ils le vendent eux-mêmes à leurs clients.

Dans un communiqué du mardi 3 avril 2012, le Bundeskartellamt fait part d'une «série de plaintes d'opérateurs indépendants de stations-service à propos des prix des cinq groupes», «Dans plusieurs cas, ils expliquent avoir acheté l'essence et le diesel auprès de ces cinq groupes à des prix plus élevés que les tarifs qu'elles pratiquent dans leurs propres stations-service».
Un porte-parole de l'Office fédéral de lutte contre les cartels a annoncé qu'un important travail préparatoire avait déjà été commencé avant l'ouverture de l'enquête et qu'il convient donc maintenant pour les cinq groupes concernés de fournir un certain nombre de documents permettant l'avancée de l'enquête. Ce n'est pas la première fois que le Bundeskartellamt tente d'épingler le cartel. Il a en effet, à plusieurs reprises, essayé de faire la lumière sur de possibles ententes au sein du quintet. Mais son travail n'est pas facilité par la structure particulière de l'industrie pétrolière. De nombreux facteurs compliqués entrent en compte dans la fluctuation des prix à la pompe, facteurs aussi bien économiques que géopolitiques et la constante mouvance des tarifs rend difficile une continuité de la surveillance.



En Allemagne, les stations indépendantes représentent un tiers du marché, ce qui en fait un concurrent de taille pour les cinq grands distributeurs inculpés. On comprend alors mieux pourquoi ces petits pompistes sont la cible de l'entente du cartel : aussi indépendants qu'ils soient, ils restent contraints de se fournir auprès des raffineurs qui ont aussi leur réseau de distribution. En leur fixant des prix plus élevés que ceux auxquels ils vendent dans leurs stations, ces derniers se garantissent ainsi les meilleurs tarifs du marché.

Sur fond de crise
Cette annonce intervient sur fond de vif débat en Allemagne sur la flambée des prix du carburant observée depuis plusieurs semaines. D'après les chiffres publiés par la FIA (fédération internationale des automobilistes), la République fédérale se situe en huitième position des pays d'Europe les plus chers en terme des prix de l'essence avec le litre de super 98 à 1,75 euros en moyenne*.
Le ras-le-bol des consommateurs s'était déjà fait entendre, un mois plus tôt. En créant la page «Pas de plein d'essence le 1er mars en Allemagne!!!» **, Andy Adam, avait rencontré un énorme écho sur la toile, rapidement repris par les médias du pays. Plus d'un million d'allemands avaient manifesté leur volonté de boycotter les stations-service ce jour là. À cette occasion, la porte parole de l'Adac***, puissante organisation qui fédère 17 millions d'automobilistes, pointait du doigt la responsabilité des grands distributeurs pétroliers : la hausse du prix du litre «est une décision des entreprises, qui font de gros profits avec. Le marché est monopolisé par cinq grandes compagnies, qui ne se font pas de concurrence», avait-t-elle expliqué au quotidien Rheinischen Post journal régional de Rhénanie-du-Nord-Westphalie.

Faire le plein d'initiatives
Suite au lancement de cette enquête, les différentes régions ainsi que la CDU et le FDP demandent que l'État fédéral examine la possibilité d'établir une restriction des prix aux stations-service, prenant exemple sur un modèle semblable déjà pratiqué en Australie de l'ouest. Chaque jour, les stations doivent déclarer à une autorité publique le prix par litre d'essence qu'ils feront payer le lendemain. Une fois le prix fixé, ils ne peuvent plus le changer.
Andreas Mundt, président du Bundeskartellamt, déclare qu'il faudrait envisager un modèle semblable concernant les entreprises de l'oligopole allemand. Cela permettrait de renforcer la compétition par le biais les stations-service indépendantes. En effet, Les vendeurs non affiliés auraient le temps de réagir aux prix des cinq grands distributeurs étant donné qu'ils devraient les fixer 24h à l'avance.
L'idée se répand aussi au sein de la coalition noir-jaune (FDP et CDU) d'augmenter les forfaits de remboursement des frais de déplacement (Pendlerpauschale) pour les travailleurs, le faisant passer de 30 à 75 centimes sur la base d'un trajet de 17 kilomètres. Si Philip Rösler (FDP), ministre de l’économie et vice chancelier et Norbert Röttgen, vice président de la CDU soutiennent l’augmentation, Angela Merkel l'a refusée, lundi 2 avril.


Andréa Hernandez
05.04.2012
* Données actualisées de 4 avril 2012
** «Am 01.03.12 in ganz Deutschland nicht Tanken!!!!»
*** Allgemeine Deutsche Automobil-Club : fédération allemande d'automobiles clubs