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   19.06.2013 
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Illustration : Victor Coste


Vendredi 9 mars, la cour de justice fédérale de Karlsruhe a rendu son verdict : les hôteliers ont le droit de refuser l’accès à leur établissement à un client en raison de ses préférences politiques. C’est ce qui est arrivé à l’ancien chef du NPD* (Nationaldemokratische Partei Deutschlands) Udo Voigt et son épouse. Le couple qui avait réservé dans un hôtel de Storkow (Brandebourg) a dû renoncer à ses projets de vacances. Evidente pour certains, injuste pour d’autres ; la décision de la cour, a suscité de vives réactions.


En décembre 2009, la femme d’Udo Voigt avait réservé une chambre à L’Esplanade, hôtel spa situé dans la petite bourgade de Storkow (Brandebourg). Un lieu idéal pour se détendre à l’occasion des fêtes de fin d’année. Manque de chance pour les tourtereaux, lorsqu’il a découvert l’identité de ses futurs hôtes, le responsable de l’établissement a finalement refusé de les accueillir. La raison ? Les positions politiques de l’ex-leader du NPD, susceptibles de nuire au bon déroulement du séjour des autres clients. Des positions qui seraient incompatibles avec l’objectif de la société d’offrir à chacun de ses hôtes une expérience de bien-être.




Un petit coin de paradis au coeur du Brandebourg... un aperçu de ce à quoi Udo Voigt et sa compagne ont dû renoncer. / Photo : www.storkow-stadt.de

Ce refus avait amené le principal concerné à porter plainte contre l’hôtel ; en vain. La Cour de Justice Fédérale de Karlsruhe – qui est aussi la plus haute autorité judiciaire du pays – a effectivement donné raison à l’hôtelier le 9 mars 2012, expliquant qu’une entreprise est en droit d’accueillir ou non des visiteurs chez elle, au même titre qu’une personne privée. En refusant d’héberger Udo Voigt et son épouse, le patron de L’Esplanade avait même obtenu un prix récompensant sa détermination contre l’Extrême Droite allemande.

 

Toutefois, si le responsable de l'hôtel a obtenu gain de cause, la Cour de Justice Fédérale a relevé qu’il avait outrepassé ses droits. La loi ne permet effectivement pas à un établissement de refuser d’accueillir ses clients lorsque ceux-ci ont préalablement réservé et que la réservation a bien été enregistrée. Pourtant, l'homme n'a pas hésité une seconde à éconduire ses hôtes indésirables en découvrant leur identité.


Discrimination, quand tu nous tiens

 

Alors que certains réfractaires au NPD ont applaudi la réaction de l'hôtelier et la décision de justice, d'autres sympathisants du parti d’Extrême Droite, voire même, certains démocrates tatillons, y ont vu un acte discriminatoire. Si l'on peut refuser l'accès à un hôtel à un membre du NPD, pourquoi ne pas l'interdire à un fervent écologiste ou à un gauchiste ? Refuser d’accueillir un client en raison de son appartenance politique laisserait la porte ouverte à toutes sortes de discriminations : religieuses et pourquoi pas, relatives à l’orientation sexuelle.




Udo Voigt, ex chef de file du NPD / Photo : www.enpd.de

La question ne se serait sans doute pas posée si le client persona non grata s'était livré à des actes perturbant la tranquillité des résidents de l'hôtel (en entonnant dans les couloirs des chants à la gloire du nazisme, par exemple). Mais dès lors que ce sont ses seules idées qui dérangent, quelle légitimité l'établissement a-t-il à refuser ce client ? De fait, et même si certains peuvent trouver cela triste, en démocratie, les imbéciles jouissent au même titre que tous les autres citoyens de la liberté de pensée.

 

Autre raison évoquée par la cour de Karlsruhe pour justifier la sentence proclamée à l'encontre d'Udo Voigdt : les conséquences négatives pour le tourisme qu'aurait l'acceptation de personnes "indésirables" dans des établissements haut de gamme. Là encore, le jugement se frotte à une question polémique, puisqu'il sous entend que ces hôtels bénéficient d'un traitement de faveur par rapport aux établissements plus modestes.




Matthias Platzeck, Ministre au SPD, se réjouit du verdict de la Cour Fédérale. / Photo : www.nrwspd.de

Réminiscences du passé

 

Loin d'être un précédent, le fait de dénier un certain nombre de droits à un citoyen en fonction de ses positions idéologiques semble être une habitude en Allemagne. C'est du moins ce que révèle l'histoire d'Udo Voigdt, dont le jugement a toutefois été approuvé par certains représentants de la classe politique allemande. C'est le cas de Matthias Platzeck, ancien chef de file du Parti Social Démocrate (Sozialdemokratische Partei Deutschlands, SPD) aujourd'hui membre d'un parti de gauche, die Linke ("La Gauche").

 

Celui-ci a fermement soutenu la décision de Karlsruhe, qui pour lui est une belle preuve de courage moral. Convaincu qu’il faut interdire le NPD, il s’est exprimé à Potsdam sur celle qu’il qualifie d’« ennemie de la démocratie » : une droite, qui d’après le politicien devrait « chaque jour savoir et sentir qu’elle n’est pas la bienvenue dans la société » .

 

Au delà d'alimenter les peurs grandissantes vis-à-vis du parti d'Extrême Droite allemande, dont l'éventuelle interdiction fait aujourd'hui débat dans le pays, le discours de Matthias Platzeck s'inscrit aussi dans un contexte tendu, suite à la récente découverte des activités racistes d'un groupuscule néo-nazi (affaire des Döner Morde).




Photo : La Gazette

Cette histoire n'est pas sans faire écho aux fameux "Berufsverbot" (ou interdiction d'exercer une profession). D’abord utilisée dans les années 30 par les Nazis à l’encontre des Juifs, cette méthode de discrimination est reprise pendant la période d’après guerre, cette fois-ci contre les ex disciples du Führer.

 

En 1972, le chancelier fédéral Willy Brand, encouragea également la pratique des Beruftsverbot en instituant le Radikalenerlass (décret sur les extrêmistes) qui fut particulièrement utilisé à l'encontre des radicaux de gauche.

 

Plus de 20 ans après la réunification, il semble donc étrange d’utiliser une discrimination similaire à une pratique plus que rétrograde et entièrement inspirée de la mouvance nazie.

 


Hôteliers et néo nazis : une grande histoire de désamour

 

Avec l’affaire de l’hôtelier de Storkow, le parti d’Extrême Droite allemand n’en est pas à sa première humiliation. En 2011, Benjamin Weiss, gérant d’un hôtel à Rostock, ne supporte plus les affiches de propagande pro NPD qui affluent autour de son établissement. Lassé, il décide de faire appel à Heinar Storch. Ce personnage n’est autre qu’une cigogne satirique, à la moustache hitlérienne, également emblème d'une ligne de vêtement éponyme créée en 2008 par Mathias Brodkorb (SPD). Son nom est le détournement parodique volontaire de celui d'une marque de prêt-à-porter néo nazie, Thor Steinar.




Storch Heinar, la cigogne satirique anti NPD.

Forte de son succès, Heinar Storch permet de lutter contre l’Extrême Droite par l’humour. Benjamin Weiss utilisera l’affichage pour promouvoir la frêle cigogne à l'air ridicule qui invite à voter pour elle au lieu du NPD. L’utilisation de cette mascotte est d’autant plus importante pour l’hôtelier que le matraquage systématique du parti néo nazi aux alentours de son établissement est selon lui, un facteur repoussant pour les touristes. Chacune des affiches du parti d’Extrême Droite aura donc son pendant satirique, grâce à Heinar Storch.

 

 

 

Marilyn Epée

01.04.2012

 




Illustration : Victor Coste

*NPD

 

Le NPD ou Nationaldemokratische Partei Deutschlands (1964) est le Parti National Démocrate d'Allemagne. Considéré comme le plus radical d'Extrême Droite, ce parti défend nombre d'idées jugées racistes. Il lutte notamment contre l'immigration qui serait un facteur nuisible à la préservation de l'essence du peuple allemand. Sa devise : Arbeit, Familie, Vaterland (Travail, Famille, Patrie). Le chef actuel du parti est Holger Apfel.

 

M.E








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