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Dans le cadre de l'année de Louise commémorant le bicentenaire de la mort de la Reine en 1810, une moisson traditionnelle a été organisée sur l'île aux paons sur laquelle des œuvres d'artistes contemporains sont exposées.


La première récolte effectuée sur l'île aux paons depuis la seconde Guerre Mondiale.



Maciej « The Polish Peasant »

C'est un bruit d'antan, sec et régulier, qui est venu ce mardi perturber les déambulations des touristes sur cette île baignée par la Havel. Sous un soleil déjà accablant en cette heure matinale, le seigle est sectionné par les faux de deux jardiniers, autant étonnés par les sollicitations de la presse que par la difficulté de la tâche qu'ils effectuent pour la première fois. Les tiges ramassées et assemblées en fagots sècheront ensuite quelques jours sur place. Les graines avaient été semées « à la main » au mois d'Octobre et le « champ entretenu sans machines » comme se plaît à le rappeler Maciej, ce jardinier d'origine polonaise qui travaille ici depuis six ans. Les céréales passeront ensuite par une Ventarelle, une machine importée au XVIIIe qui permet d'isoler les grains en les emportant grâce à un courant d'air initié à l'aide d'une manivelle. Le moulin historique de Potsdam, permettra de transformer les grains en gruau et en farine avec laquelle du pain sera fabriqué. La paille quant à elle servira de litière pour les chevaux. C'est une récolte telle que les paons de l'île n'en ont pas connu depuis plusieurs décennies que celle-ci réalisée cette fois à la manière des fermiers du temps jadis. Pourtant à l'époque de Louise cette méthode était à la pointe de la modernité, son époux Frédéric-Guillaume III avait en effet voulu faire de l'île aux paons une ferme modèle par l'introduction en 1805 d'une technique britannique : la rotation culturale. Il s'agissait comme l'explique Jan Uhlig responsable des jardins sur la Pfaueninsel, de montrer aux fermiers comment améliorer rendements et santé des plantes, en remplaçant la jachère par un système dans lequel alternent, des cultures de différents types.


« Une île pleine de mystères »



La laiterie imitant une église gothique en ruines.

Ces installations paysannes, comparées de manière récurrente avec le hameau de la Reine Marie-Antoinette à Versailles, implique l'existence d'une autre vocation pour cette île qui est considérée comme l'un des lieux de villégiature préférés de Louise. En effet influencés par le courant des Lumières les souverains ont fait de cet endroit, un havre de paix à l'écart du tumulte urbain et de la vie réglée de la cour. À l'instar de son nom, l'île aux paons, par ses ruines artificielles, ses imitations de pavillons étrangers, procède d'une recherche d'exotisme pour lequel Frédéric-Guillaume III nourrissait une véritable passion. La famille royale pouvait ainsi respirer au grand air en flânant parmi les quelques quatre-cent chênes que compte ce parc aménagé à la façon d'un jardin anglais. Louise aurait-elle alors trouvé son île Saint-Pierre qui inspirait de « courts moments de délire et de passion » à Rousseau dont elle était une grande lectrice ? Par l'importation d'animaux exotiques, tels que des lions, des singes, des lamas voire des kangourous, l'île devint un lieu d'excursion prisé de la société berlinoise. Les bêtes seront transférées par Frédéric-Guillaume IV au zoo de Berlin à partir de 1842 faute d'intérêt suffisant manifesté par le souverain à leur endroit. Theodor Fontane (1819 - 1898) évoque ainsi le souvenir merveilleux que lui a laissé le site. « L'île aux paons ! Une image tirée de mon enfance me revient à l'esprit tel un conte de fées. Un château, palmiers et kangourous, perroquets hurlants, paons perchés sur de hautes branches ou faisant la roue, fontaines, prairies ombragées, sentiers sinueux qui mènent partout et nulle part; une île pleine de mystères, un oasis, un tapis de fleurs au milieu de la marche [de Brandebourg] ».


« L'association de l'art contemporain avec le chef-d'œuvre insulaire » (SPSG)



« En passant » de Sylvie Bussières

La fondation des châteaux prussiens et des jardins de Berlin et du Brandebourg (SPSG) a demandé à six artistes contemporains de travailler sur le thème de Louise et de l'île aux paons. Il s'agit pour eux de s'inspirer de l'atmosphère et de la beauté des lieux pour faire émerger, au travers de l'œuvre, une nouvelle perspective sur les bâtiments ou sur la Reine elle-même. Ces travaux, que le visiteur découvre au gré de ses pérégrinations à travers les bosquets mis en valeur par Peter Joseph Lenné, sont là, comme pour lui rappeler que l'aménagement de cette l'île est lui-même une œuvre d'art. Ainsi « en passant » sous les deux tours du château, l'on aperçoit le grand jeu d'échecs que l'artiste canadienne Sylvie Bussières, considère comme étant un mélange du pouvoir, de la stratégie et du jeu. Elle capte ici, l'atmosphère mystérieuse mais fantaisiste instaurée par les souverains dont la guerre n'était jamais loin. Et si le plateau n'est pas complet c'est que cette île est avant tout un lieu de retraite pour le roi (Frédéric-Guillaume III ), la reine (Louise), leurs animaux (le cavalier), au milieu des bâtiments (la tour) et de ce goût pour l'exotisme (le fou) qui en est à l'origine.




« Max. 1 Minute » de Christian Engelmann

Au pied de la Kavalierhaus, c'est un étrange banc que l'artiste bavarois Christian Engelmann a installé. « Max. 1 minute », c'est certainement le temps dont l'infortuné touriste en quête de repos pense disposer, alors qu'il laisse tomber lourdement son corps endolori sur ce banc. La glissade est alors inexorable du fait de l'action conjuguée de la pesanteur et du système de bascule. Engelmann souhaite par là provoquer une réflexion sur la perception du temps et notre rapport à lui dans une société toujours plus rapide où la réflexion n'a plus sa place. L'île est en effet un lieu de méditation, de ballades et de loisirs. Ici, le temps s'écoule de manière insouciante, même si la mort prématurée de Louise, suite à une pneumonie à l'âge de 34 ans, est un rappel à la poursuite de son cours implacable. Le banc lui-même a dépéri, victime, non pas du temps qui passe, mais de son succès auprès des visiteurs, il est donc actuellement en réparation.




Michael Lukas – Parkett

Après quelques enjambées sur les sentiers sablonneux qui traversent les bois, l'on débouche sur une clairière au milieu de laquelle se dresse obliquement une échelle entourée d'un parquet. C'est une imitation de celui qui se trouve dans l'une des salles du château. Michael Lukas renvoie ainsi au décalage opéré par les souverains entre les conventions de la cour symbolisées par la géométrie des motifs et la simplicité du lieu. Il s'agit, par l'intermédiaire de l'échelle, de s'élever au-dessus d'un monde méprisable fait de représentation, de luxe et d'abondance qui, pour des auteurs comme Rousseau, sont autant d'habillements qui corrompent la véritable nature de l'homme. Ainsi dans le Discours sur les sciences et les arts : « Le goût du faste ne s'associe guère dans les mêmes âmes avec celui de l'honnête ». Malheureusement pour elle, l'histoire retiendra surtout de la Reine Louise, sa beauté, ses bijoux et ses parures, plutôt que ses performances intellectuelles jugées modérées par ses contemporains. Voilà une échelle qui ne s'élève pas bien haut.




Martin Weimar – Hortensien-Armee

Pourtant la personnalité de la Reine imprègne l'île, comme en témoigne le portique érigé en souvenir de Louise par Frédéric-Guillaume III profondément affecté par la disparition de son épouse. C'est ce lieu de mémoire qu'a choisi Martin Weimar pour exposer son « armée d'hortensias », un arbuste qu'elle aimait tout particulièrement. Après sa mort, le jardinier de la cour Ferdinand Fintelmann, fut chargé de planter des hortensias en différents points de l'île, c'est au cours de cette opération qu'il observa le lien qui existe entre la teinte de ces fleurs et l'acidité du sol. La couleur des poubelles, placées en rang tels des factionnaires, rappelle cette découverte. Deux cents ans après sa mort, les hortensias fleurissent de nouveau sur l'île aux paons comme dans nos mémoires.


Tout ceci n'est bien sûr qu'un aperçu des innombrables trésors que recèle l'île. Mais il serait dommage de les dévoiler entièrement, ce serait couper son blé en herbe...

 

Pour de plus amples informations :

Site Ouèbe de la SPSG : http://www.spsg.de/

Article récapitulatif sur les expositions autour de la Reine Louise : http://www.lagazettedeberlin.de/6095.html

Reportage de la RBB sur la récolte : http://www.rbb-online.de/abendschau/archiv/archiv.media.!etc!medialib!rbb!rbb!abendschau!abendschau_20100727_insel.html

 

Quentin Schnapper le 30 Juillet 2010






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enay /// Samstag, 31-07-10 16:09

Très bel article, bien écrit avec humour de bon aloi. Il y est parlé du poète allemand Fontane, descendant de huguenot français. Un autre poète français homonyme, Louis Fontanes, né à Niort en 1757 et mort à Levallois en 1821, avait composé en 1788 un long poème consacré à l'art des jardins exprimant son désaveu de la mode anglaise du faux naturel. Comme le temps, les amours et la cuisine, c'est un sujet de conversation inépuisable. Bravo encore pour l'article.

 
 

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