En parallèle des Jeux Olympiques 2008 à Pékin a débuté ce mois-ci en Allemagne le tournage de « Berlin 1936 ». Ce film revient sur les Jeux Olympiques organisés à Berlin en 1936 en pleine dictature nazie. Il raconte l’histoire d’une jeune sportive, Gretel Bergmann, qui fut refusée dans l’équipe olympique allemande à cause de son origine juive.
Gretel Bergmann put continuer la pratique du saut en hauteur au Royaume-Uni. Cette photo est tirée de la collection personnelle de Margaret (Gretel Bergman) Lambert.
L’Allemagne a été désignée en 1931 comme hôte des Jeux, c’est-à-dire avant l’arrivée au pouvoir d’Hitler et des nationaux-socialistes. Cinq ans plus tard, la question se pose de savoir si ce choix, qui devait confirmer le retour de l’Allemagne sur la scène internationale, est toujours valable. A travers l’histoire personnelle d’une jeune sportive juive, c’est donc aussi le tumulte diplomatique de l’époque qui sera retranscrit à l’écran.
Une expérience réelle
30 juin 1936, un mois avant les Jeux Olympiques. Gretel Bergmann vient de battre le record allemand de saut en hauteur en atteignant 1,60m. A ce titre, elle a été autorisée à se préparer pour les Jeux sous les couleurs de l’Allemagne. Problème, elle est juive. Il y a alors contradiction pour le pouvoir en place. D’une part la victoire aux Jeux est primordiale pour que l’Allemagne nazie prouve sa puissance. D’autre part il semble intolérable qu’une juive représente ladite Allemagne. Les nazis évincent finalement Gretel Bergmann deux semaines avant le début des Jeux. Ils imposent Dora Ratjen, plus apte selon eux à concourir à un niveau international. Cette concurrente se révèlera être… un homme.
Fondé sur une histoire vraie, on ne sait pas encore quelle distance le film prendra exactement avec la réalité. Ce choix d’une histoire personnelle permet néanmoins d’apporter un nouveau regard sur les JO de 1936 et les enjeux politiques de l’époque. Pour ceux qui souhaiteraient en savoir plus sur les faits historiques, une exposition en ligne sur internet est actuellement organisée par le United States Holocaust Memorial Museum.
Elle est tirée de l’exposition « The Nazi Olympics, Berlin 1936» qui a lieu au musée jusqu’au 24 août. Plusieurs pages sont consacrées à l’exclusion des juifs des clubs de sports allemands. L’une d’elles résume l’histoire de Gretel Bergmann et présente un enregistrement audio retranscrit dans lequel elle commente son exclusion de l’équipe olympique.
Silence, on tourne !
Le projet est produit conjointement par la société de production Gemini-Film (basée à Athènes), la Norddeutscher Rundfunk (NRD) et la section de production d’ARD, Degeto. Le tournage a commencé le 6 août dernier et aura lieu entres autres à Hambourg, Cologne et Berlin. Il devrait se terminer en octobre prochain. Kaspar Heidelbach a été choisi pour la réalisation. Habitué des séries télé (« Tatort », « Eurocops », « Ein Fall für Zwei »…), ce réalisateur de 54 ans se voit là confier son premier projet cinématographique. Gretel Bergmann sera incarnée par Karoline Herfurth, vue en 2006 dans « Le Parfum », le film adapté de l’œuvre de Süskind.
Indépendance ou interdépendance ?
Au-delà de l’histoire du sport, les Jeux Olympiques de 1936 ont bien entendu eu un impact très fort sur l’Histoire. Pierre de Coubertin remet les Jeux Olympiques et le sport au goût du jour en créant l’Olympisme moderne. Il place ainsi la compétition sportive sur un terrain neutre, indépendant des relations politiques internationales.
En 1936 cependant, la question du respect des droits de l’homme par le pays organisateur se pose. Les Etats-Unis se divisent alors en deux camps. Le premier, soutenu par Jeremiah Mahoney, président de l’Amateur Athletic Union, envisage le boycott, estimant qu’une participation aux Jeux revient à soutenir la dictature allemande. Le second estime que la politique n’a rien à voir avec les Jeux. C’est ce point de vue, clairement soutenu à partir de 1934 par Avery Brundage, président du comité olympique américain, qui l’emportera. Cette question est encore d’actualité 72 ans plus tard ; indirectement « Berlin 1936 », dont le tournage débute avec les Jeux de Pékin, rappelle le rôle originel des Jeux Olympiques, à un pays qui semble n’y voir qu’une formidable opportunité économique et diplomatique. Et qui oublie que « toute forme de discrimination à l’égard d’un pays ou d’une personne fondée sur des considérations […] de politique, […] ou autres est incompatible avec l’appartenance au Mouvement olympique » selon le cinquième principe fondamental de l’Olympisme inscrit dans la Charte Olympique.