Les Allemands sont bien plus nombreux à recourir au vélo dans leur déplacements quotidiens que les Français. Moins fainéants ? Une meilleure condition physique ? De meilleurs équipements ? Réponse avec Yankel Fijalkow, sociologue au CNRS.
Vous avez eu l'occasion d'observer les habitudes des Berlinois en matière de déplacements. Qu'est-ce qui vous a le plus marqué ?
Les Allemands recourent beaucoup plus au vélo dans leur quotidien que les français. J'ai l'impression qu'à Berlin, le vélo est beaucoup plus un mode de déplacement à part entière. C’est amusant, parce qu'à Paris, on a pensé que le Vélib' serait un système de déplacement, et que cela permettrait de désengorger les routes et les transports en commun. Mais en fait, les gens utilisent principalement le Vélib' pour se distraire. La majeure partie du temps, ce sont des touristes, ou des familles qui en profitent pour se promener dans la capitale. Et surtout, j'ai remarqué que les Berlinois sont bien mieux équipés que les Français. Ils ont un casque, des vêtements spéciaux, etc.
A quoi attribuez-vous ces différences ?
Tout d'abord, les Allemands ont une conscience de l'environnement qui est beaucoup plus forte qu'en France. Et recourir au vélo est sans conteste un geste écologique. De plus, les Français ont un attachement presque viscéral à la voiture. Cela renvoie à la notion de propriété. On s'y sent chez soi, moins vulnérable. Et il faut savoir que la France est un pays de propriétaires. Plus de la moitié des Français possède son logement, contre 30% d’Allemands. Or la notion de propriété n'est pas la même avec un vélo qu'avec une voiture.
Quelles sont les avantages du vélo pour une ville comme Berlin ?
C'est d'abord un avantage pour l'environnement déjà, cela rend la ville plus conviviale. Les gens sont plus accessibles, ils peuvent se parler. De plus, le vélo introduit un nouvel usage de l’espace urbain. La ville n'est plus seulement un espace de déplacement, mais aussi un espace ludique avec des usages divers. On l'a très bien vu à Paris. Sur les pistes cyclables, en même temps que les Vélibs', on a vu des rollers et des planches à roulettes faire leur apparition. La rue devient plus un espace de jeu, de récréation.
Pensez-vous qu'un jour la voiture puisse totalement disparaître des centre-villes ?
A Paris cela me semble difficilement réalisable. Il faudrait des parkings à l'extérieur de la ville, dans des endroits bien desservis par les transports en commun. Et il n'y a pas assez d'espace autour de la capitale. Le sous sol est déjà également bien occupé. A Berlin, il y d'avantage d'espace, on pourrait donc s'organiser plus facilement. Mais si on y réfléchit, c'est aussi une question de mentalité. Les allemands sont prêts à faire des sacrifices qu’on envisage difficilement en France.
Propos recueillis par Déborah Berlioz
