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Garagiste français à Berlin

imprimer   25.05.2013 
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Moi quand j’avais seize ans, j’aimais bien cracher ma bière au visage de mes copains. L’un d’eux m’avait dit qu’il s’agissait sûrement d’un désir frustré d’éjaculation, ce qui est fort possible, ceci dit je faisais toujours attention à bien mettre ma main devant ma bouche en éternuant. Depuis, j’ai grandi et je me demande pourquoi diable une femme ressentirait-elle un sentiment de castration dû à l’absence d’un membre qui ressemble tellement à une paire de ciseaux ? D’ailleurs, ce désir frustré d’éjaculation, ou encore le fameux Penisneid théorisé par Freud, ne semble pas réservé aux femmes. Il suffit de voir les peintures de Norbert Bisky exposées à la Haus am Waldsee. Des jeunes gens qui se crachent au visage (de la salive et de la morve), des Manneken Pis modernes urinant sur des rappeurs vêtus de rose dont l’un s’accroche au cou (ou se décroche ?) un crucifix, un tuyau d’arrosage tenu par des mains vigoureuses et expectorant du feu, des visages aux yeux fermés, un filet de bave (ou est-ce du sperme ?) à la commissure des lèvres, dans une extase dont on ne sait s’il s’agit de celle de la mort ou celle de la jouissance… C’est ainsi, l’œuvre de Norbert Bisky mélange sexe, religion, culte du corps et débâcle du quotidien, dans des représentations empreintes de violence. Mais une violence désamorcée par l’utilisation de couleurs vives, franches et sirupeuses. Et également par l’humour. Comment qualifier autrement une exposition qui s’appelle : « Ce n’est pas moi qui ai fait ça ! ». Ou encore cette demi-tête en plastique aux boucles blondes déposée sur de la pelouse artificielle avec une basket incrustée dans le crâne portant le titre: « Attention, métaphore ! » Sur la chaussure on peut lire : « Art ». Ah, la force de l’art... Dans un autre registre, Matignon organisait fin octobre une réception pour célébrer la rentrée littéraire en France. La plupart des écrivains confirmés ayant boycotté l’évènement, les présents étaient de jeunes auteurs inconnus, affamés, ou curieux de voir ce qui allait se passer : peut-être que le comte Fillon se prenant pour Dracula avait-il invité tous les misérables de son comté afin de les dévorer ? Mes amis étaient prévenus, si je ne rentrais pas dans les 24 heures, ils alertaient Interpol. Pas eu besoin. Dans son discours de bienvenue, François Fillon nous a affirmé à quel point il se sentait proche de nous, les auteurs, même s’il n’avait lu aucun de nos livres, mais après tout lui aussi écrivait (il voulait dire « des discours », et il faisait sûrement un transfert sur « son nègre »). Cependant il tenait à nous rappeler que, tout comme l’homme politique n’était pas un écrivain, l’écrivain ne devait pas non plus se prendre pour un homme politique. Qu’on se le tienne pour dit.

Ce soir-là, il y avait moult petits fours piqués dans de jolies épées en bois. Dans une des pièces au parquet ciré, une majestueuse cheminée en marbre exhibait une imposante horloge aux dorures éclatantes. Par contre, je ne vous dirai pas qui a caché une petite épée derrière l’horloge en or.

 

Céline Robinet

 

Norbert Bisky – „Ich war's nicht“, Haus am Waldsee, Argentinische Allee 30, 14163 Berlin, jusqu’au 13 janvier 2008

 

Céline Robinet vit de sa plume à Berlin.








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