Apprenti danseur contemporain avec Mathilde Monnier, acteur et réalisateur décalé, chanteur classieux trop à l'étroit dans la catégorie « chanson française », ce dandy fragile manie humour et dérision, use de provocation et n’oublie jamais d’être touchant. Après un concert-show case éclair à l’occasion du Popkomm à Berlin, Katerine sort en Allemagne son dernier album « Robots Après Tout », clin d’œil à Daft Punk et composé à l’aide d’une seule groovebox. Une tournée allemande est prévue pour mars prochain (en partenariat avec la Gazette). Par Nicolas Jeanneté
Sur les pochettes de ses disques, il trône nu, en maillot de bain ou en manteau de vison. Ses chansons parlent de Jeannie Longo, de poulets sous cellophane, d'un Barbecue à l'Elysée, de balades dans un Paris cerné par des clones de Marine Le Pen et de sa mort programmée le 8 décembre 2008, jour de ses 40 ans. Portrait d’un personnage hors norme, complexé et tourmenté, timide et provocateur, dérangeant et audacieux.
Comment parler de Philippe Katerine sans tomber dans la banalité ? Et surtout sans répéter ce qu'on a déjà lu et entendu maintes fois : un « dandy-chanteur extraterrestre », « un petit génie de la chanson française », qui évolue loin des normes et des conventions. Né en 1968, originaire de Chantonnay en Vendée, c'est dans la région nantaise, que dès son adolescence, il monte différents groupes aux influences anglo-saxonnes. Tour à tour projectionniste de cinéma rural itinérant, présentateur du journal dans une radio locale, employé à l'abattoir de Saint-Fulgent, chez Citroën et même professeur de gymnastique dans un lycée agricole, Katerine commence à composer des morceaux après un petit tour par la fac d’arts plastiques. A 23 ans, il sort son premier album Les mariages chinois. «A mes débuts, ma timidité était terrible : je m'excusais même d'être chanteur. Mes références étaient infinies et s'appelaient Jean Eustache, les Clash, le plasticien Jeff Koons... Avec l'âge, j'ai appris à me décomplexer.». Très vite Katerine s’affirme comme un auteur polymorphe qui oscille entre les yé-yé, l’after-punk et les mélodies de la Nouvelle Vague. En 94, il livre un second opus L'éducation anglaise sur lequel il se met en retrait, puisque c'est sa compagne et sa soeur qui interprètent les morceaux à sa place : « A ce moment-là, ma voix ne me plaisait pas du tout et la réécouter m'était pénible ». Katerine commence néanmoins à faire du bruit, tout en restant en marge de la musique commerciale. En 95, il se met à travailler sur un troisième album, Mes mauvaises fréquentations. Il s'entoure alors de musiciens comme Anthony Ka et décide enfin de chanter ses chansons lui-même, estimant qu’elles étaient « trop personnelles pour les abandonner à d'autres ». Très bien accueilli par les critiques et le public, cet album est l’occasion de faire ses premières scènes et de sortir dans la foulée deux autres albums : L'homme à trois mains où l’artiste, déjà, se mettait à poil sur la pochette et Les créatures. Après voir composé quelques musiques de films et des albums pour les autres, il sort en 2002 avec The Recyclers Huitième Ciel. Autant d’albums minimalistes mais sophistiqués, mêlant mambos, bossa, et variété ubuesque, mais dont Katerine a jugé qu’ils ne reflétaient pas son âme et la complexité de son esprit : « En réalité, je ne trouve mon bonheur nulle part. Je me sens assez mal partout ».
A ce moment là, ses chansons sont toujours marquées par la mécanique de l'obsession et de certains thémes récurrrents comme le chiffre 8, l'enfance, la mort - il a subi une opération à cœur ouvert à l'âge de 8 ans - la scatologie, la religion (petit, il organisait des championnats de vitesse de récitation de Notre Père)... L’année 2005, année riche, marque un tournant pour Katerine : Sortie en salles de son film Peau de cochon (collection de saynètes plus ou moins autobiographiques, exhibant ses pensées intimes) et surtout de son 7ème album, "Robots après tout". Pour ce nouvel opus, l´artiste troque ses Recyclers contre une Groove Box est se lance dans la « chanson électro ». « Je n’en pouvais plus des chansons de petit garçon complexé. Elles transpiraient quelque chose qui n’était pas moi. J’étais dans le labeur, la jouissance difficile de la mélodie et de l’écriture. La littérature, c’est ce qui tue aujourd’hui la chanson française. Moi, j’ai envie de choses primitives. ». La découverte de la danse, via Déroutes, un spectacle de Mathilde Monnier, lui a inspiré la plupart des chansons de Robots. En mai dernier, le chanteur et la chorégraphe se sont même retrouvés autour d’une création, 2008 vallée. Fini le repli sur soi ! A 37 ans, Philippe Katerine s’est ouvert au travail collectif. « Robots est le premier album que je n’ai pas produit : Gonzales et Renaud Letang s’en sont chargés en me poussant vers le meilleur. » Même chose avec ses musiciens, La Secte Machine, dont le plupart sont issus des Little Rabbits, sans lesquels le spectacle scénique ne serait pas ce qu’il est.
NJ
Katerine et Mathilde Monnier présenteront leur spectacle de danse "2006 vallée" le 1er avril à Berlin
