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Philipp, premier participant gay de "Bauer sucht Frau"
(c) RTL/MME



« Bauer sucht Frau » (« Paysan cherche femme »), équivalent du français « L'Amour est dans le pré », tente cette année une version « Bauer sucht Mann » (« Paysan cherche homme »). Le 13 juin dernier était lancée la septième saison de l'émission de rencontres pour agriculteurs esseulés. Pour la première fois, l'un d'entre eux est homosexuel. L'occasion de s'intéresser aux destins pas toujours roses de ceux qui vivent leur homosexualité en milieu rural.


Une chance à saisir pour nos lecteurs gays : le beau et viril Philipp de l'émission de télé-réalité « Bauer sucht Frau » sur RTL, l'équivalent allemand de « L’Amour est dans le Pré » en France, cherche l'homme de ses rêves. L'agriculteur de 27 ans, qui élève vaches laitières et chevaux en harmonie avec sa famille dans une ferme de la verdoyante Rhénanie du Nord-Westphalie le voit « sûr de lui, sachant ce qu'il veut ». Ceux qui correspondent à la description et se sentent tentés par une idylle champêtre à la Brokeback Mountain peuvent en ce moment même contacter RTL. Ils pourront alors peut-être participer à la septième saison de l'une des émissions les plus regardées par les Allemands, dont pour la première fois donc, l'un des candidats est homosexuel. Alors que les CSD (Christopher Street Days, Gay Prides) battent actuellement leur plein dans les grandes villes d'Allemagne, on oublie parfois que l'homosexualité existe aussi à la campagne. Des hommes et des femmes attirés par des personnes du même sexe y vivent souvent des situations bien éloignées du rêve bucolique présenté par RTL, marquées par le silence et l'incompréhension. Retour sur une situation qui a toujours du mal à évoluer.




Inka Bause, présentatrice de l'émission en costume rural
(c) RTL/Stefan Gregorowius

Queer Philipp

 

Le 13 juin, l'heure était à la présentation des participants à « Bauer such Frau » 2011. Au cours de cette « spéciale » qui a rassemblé 5,5 millions de téléspectateurs et atteint la troisième place en termes d'audience, on retrouve les anciens des saisons précédentes et on découvre ceux que l'on suivra semaine après semaine, parfois jusque dans leur lit, à partir de l'automne prochain. Dans la première catégorie, noter Joseph et Narumol, les stars de la saison précédente : l'année dernière le Bavarois bourru et sa Thaïlandaise à l'allemand approximatif ont réjoui leur auditoire par leurs dialogues surréalistes. Après leur mariage filmé par RTL, c'est maintenant la vidéo montrant Joseph en train de chercher le nom de leur futur enfant dans son recueil des noms pour bovins qui fait le tour du net allemand.

Parmi les 14 petits nouveaux, Philipp est pressenti par le site Meedia pour être la prochaine coqueluche de l'émission. Le premier participant homosexuel de « Bauer sucht Frau » est décrit par le magazine gay en ligne Queer.de comme « un homme sympathique et sûr de lui, qui à la différence des autres candidats sait faire des phrases complètes et ne joue pas les caricatures paysannes. » On pourra donc, dès cet été, voir Phillip choisir, parmi ceux qui se sont manifestés auprès de RTL après avoir vu l'émission du 13 juin, deux prétendants qu'il rencontrera au cours de la « grande fête à la ferme ». A l'issue de cet épisode, il en invitera un à venir cet automne dans sa ferme de Rhénanie du Nord-Westphalie, partager sa vie de tous les jours et celle de ses parents et grands-parents. Le tout sous l’œil des caméras qui traqueront baisers, disputes et débuts de romance entre les deux hommes.

Selon Queer.de, la chaîne privée était depuis un certain temps à la recherche d'un participant homosexuel pour son émission champêtre. Une variante qui attirera sans doute de nouveaux téléspectateurs. La présentatrice vedette Inka Bause, chanteuse et psychologue à ses heures, déclare : « Je suis très contente. La participation de Philipp est un appel à la tolérance, y compris à la campagne. Je me réjouis de pouvoir l'aider dans sa quête de l'homme iéal. »




Le silence rural...

Dur d'être homo à la campagne

 

En effet, on ne peut a priori que se réjouir de l'arrivée d'un gay dans cette émission qui met en scène l'amour rural. Mais Karthrin Schultz, de l'association Lambda, voit les choses différemment. Depuis la réunification, son association s'occupe de jeunes homosexuels, bisexuels et transgenres dans le Land de Berlin et celui de Brandebourg, plus rural. « Ce n'est pas la vraie vie des lesbiennes et des gays à la campagne qui est montrée dans ces émissions, mais de purs clichés. C'est sûr, cela peut être rafraîchissant de parler d'autre chose que de la discrimination envers les homosexuels. Mais les émissions critiques, qui contribuent à la lutte contre les discriminations et à la sensibilisation du grand public, ne ressemblent pas à ça. Ici, tout est uniformisé. »

A quoi ressemble alors la vie d'un homosexuel en milieu rural ? En tous cas, elle a sans doute peu à voir avec celle de Philipp ou d'un citadin. Dans un reportage, le Süddeutsche Zeitung décrit l'existence de Rudolf Rathgeber, un agriculteur bavarois de 53 ans. Le poids des traditions et du devoir l'a mené à taire son orientation sexuelle jusqu'à ses 45 ans et 22 ans de mariage. Dans sa jeunesse, il avait quelque part senti qu'il était différent. Mais il ne savait rien de l'homosexualité et personne autour de lui n'en parlait. « Mon père m'aurait battu s'il avait su que j'étais homosexuel », explique-t-il. Après une grave dépression, ce père de famille décide de briser le silence. Mais il faut continuer de s'occuper de la ferme: sa femme Inke décide de rester. Rudolf emménage dans une petite maison, en face de celle qu'il occupait avec sa femme. C'est là qu'il vit sa « nouvelle vie ». Son ami, rencontré sur Internet, lui rend visite les week-ends. Les autres habitants de son village ont fini par accepter ce changement, même s'il ne va pas toujours de soi. « C'est pour les enfants que ç'a été le plus difficile, confie-t-il. Pour eux, c'est un monde qui s'est effondré. » Car, au-delà de la rupture familiale, avoir un père homosexuel signifie dévier de ce que la société considère comme normal.

Être homo à la campagne n'est pas simple, loin de là. La raison principale : le manque de structures.Selon Christian Schultze, si depuis quelques décennies tout un réseau d'associations s'est développé dans les villes, en milieu rural les endroits où les jeunes concernés peuvent parler de leur problèmes et de leurs besoins sont très rares. Ces jeunes se retrouvent souvent seuls, ainsi que leurs parents, désarmés lorsque leur enfant fait son coming-out. Ils s'imaginent souvent que celui-ci traverse simplement une phase et redeviendra bientôt « normal ». Dans ces milieux très religieux, le silence finit souvent par s'imposer. Commence alors pour le jeune une spirale de négation de soi-même, aux conséquences psychologiques parfois graves.

Des politiques prennent conscience de cette situation. En mars 2011, la députée au Parlement de Bavière Claudia Stamm (Bündnis 90/Die Grünen) a proposé la mise en place d'un centre de coordination et de soutien d'initiatives locales dans le but de sensibiliser les populations rurales au thème de l'homosexualité. Mais compte-tenu de l'attitude actuelle de la majorité au Parlement bavarois, son projet risque de mettre du temps à se concrétiser.




...et l'ébullition citadine (CSD Berlin)

L'association Lambda, elle, a eu l'idée du LesBiSchwule Tour. Depuis quatre ans, en coopération avec d'autres structures de la région, de jeunes bénévoles sillonnent le Brandebourg à bord d'un mini-bus arborant le « rainbow flag » (drapeau arc-en-ciel, emblème du mouvement LGBT, pour Lesbien, Gay, Bisexuel et Transsexuel), à la rencontre des jeunes des petites localités du Land. Au programme figurent des actions pédagogiques dans les écoles et les centres de loisirs pour jeunes, et la demande aux mairies de hisser le rainbow-flag à leur fronton (ce que désormais « presque toutes acceptent de faire, selon Kathrin Schultz, mais il nous a fallu beaucoup de patience »). Au passage du minibus, les réactions homophobes se font rares. « La société change, et les gens le sentent. Ainsi, ceux qui ont quelque chose contre les homosexuels, et il y en aura toujours, se contiennent. » L'homophobie se manifeste plus discrètement : les bénévoles de Lambda retrouvent souvent leur minibus rayé. L'engagement des associations partenaires leur a valu en 2009 la deuxième place au prix Heinz-Westphal, décerné par le Deutsche Bundesjugendring (organisation qui représente l'ensemble des associations de jeunes en Allemagne) et le Ministère fédéral de la famille, des séniors, des femmes et de la jeunesse.





En haut: les bénévoles du LesBiSchwule Tour hissent le rainbow flag au fronton d'une mairie
En bas: La "Lambda-Mobil", le minibus du Tour

« On nous demande souvent si notre association a encore une raison d'être, conclut Kathrin Schultz. Oui ! Définitivement. L'arrivée croissante de nouveaux membres le montre bien. Malgré un soutien toujours plus faible de l'Etat, nous continuerons notre combat en faveur des jeunes LGBT de Berlin et du Brandebourg. »


A l'heure où le ministre des Affaires étrangères allemand Guido Westerwelle affiche son mariage avec son partenaire, où le maire de Berlin déclare publiquement son homosexualité, et où, en France, des députés UMP prennent position en faveur du mariage gay, les contrastes entre ville et campagne semblent plus criants que jamais.

 

Romain Rivet


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Une retraite loin de la "gaytoïsation" 

 









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