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Le 9 août dernier le géant suédois du prêt-à-porter H&M a porté plainte contre les représentants des salariés de sa filiale Berlinoise, installée Friedrichstraße. Avant de la retirer, 10 jours plus tard, lors d'une rencontre devant le juge. Une entreprise qui porte plainte contre ses salariés ? L'occasion de s'intéresser de plus près au monde du travail allemand, organisé autour du principe de « codécision ».


H&M (Hennes & Moritz) vient d'illustrer une fois de plus à Berlin la relation tendue qu'elle peut entretenir avec ses salariés, dans un pays d'ordinaire plutôt porté sur le consensus. Le slogan de la marque, répandue dans 37 pays avec 2000 magasins : « La mode au meilleur prix » résume bien la stratégie qui a fait son succès : offrir de la qualité tout en réduisant les coûts au maximum. Mais ses 70 000 salariés font parfois les frais de cette recette miracle.

 

Pour résoudre les conflits dans le monde du travail allemand, ce ne sont pas les institutions qui manquent. Ainsi, dans chaque entreprise, les salariés ont la possibilité d'élire un « Betriebsrat » (littéralement « conseil d'entreprise »). Il a pour mission de représenter leurs intérêts au sein du conseil d'administration (CA), indépendamment de tout syndicat. Sa taille varie en fonction de l'effectif des salariés au sein de l'entreprise. Là où il existe, de nombreuses décisions du CA ne peuvent aboutir sans son feu vert.



Personnel entêté

 

Les 63 employés du magasin H&M du 79/80 Friedrichstraße à Berlin disposent précisément d'un tel organe, chargé donc de veiller à ce que leurs intérêts soient pris en compte dans les décisions managériales. Et il se trouve qu'il a en juin dernier fait usage de ses prérogatives d'une façon qui n'a pas plu à la direction.

 

C'est l'été, certains salariés sont en vacances, quelques autres sont en congé maladie, et la direction estime superflu de les remplacer. Chaque semaine, elle doit faire approuver par le « Betriebsrat » la répartition du personnel sur les différents postes et plages horaires pour les sept jours à venir. C'est l'une des applications concrètes du principe de « codécision » dans l'entreprise allemande : sur les questions de temps de travail, l'approbation des représentants du personnel est indispensable.

 

Mais voilà, ces derniers refusent de voter ladite répartition. A quatre reprises. Le motif : il n'y a pas assez de salariés disponibles. La direction proteste, le « Betriebsrat » n'a légalement de prise que sur le temps de travail des salariés effectivement employés par l'entreprise, et non sur ceux qu'il faudrait employer. Le « Betriebsrat » de répliquer qu'il est aussi compétent sur les questions de santé du personnel, et qu'en situation de sous-effectif celle-ci est menacée. A quatre reprises, l'affaire est portée devant une « Einigungsstelle » (instance de conciliation) chargée des litiges entre employeurs et personnels. Celle-ci tranche chaque fois en faveur de la direction, mais les cinq membres du « Betriebsrat » n'en démordent pas et continuent de rejeter les plans de répartition du personnel.



Une « grossière infraction aux obligations légales »

 

Campant elle aussi sur ses positons, la direction du magasin décide de porter le différend devant les tribunaux. Elle accuse la représentation du personnel d'avoir « grossièrement enfreint le droit du travail » et demande sa dissolution. L'affaire fait son petit effet : une entreprise qui attaque en justice l'organe interne chargé de défendre les droits de ses propres salariés, on ne voit pas ça tous les jours au pays de la recherche du consensus.

 

Ver.di tient le tempo

 

Mais selon Ver.di [1], le syndicat le plus important du secteur des services, H&M aurait depuis longtemps dans ses filiales une politique « anti-Betriebsrat », les empêchant de travailler correctement et décidant souvent pour eux des prérogatives qui sont les leurs. Sur 288 magasins en Allemagne, seuls 50 disposent d'un tel organe, et on parle par ailleurs de politiques d'intimidation [2].

 

Selma Agdas, employée du H&M de Steglitz, confirme sur le site Streik.tv (« grève ».tv), lié à Ver.di, cette relation parfois tendue que la direction entretient avec ses salariés : « La philosophie de l'entreprise est en soi très sympathique et compréhensive, mais c'est un peu différent dans la pratique. On prend parfois des douches froides. »




Le syndicat Ver.di en action à Essen. A Berlin, l'affaire n'est pas descendue jusque dans la rue

Eviter le scandale

 

C'est dans cette ambiance tendue mais toujours polie que s'est déroulé l'entretien préparatoire au tribunal d'instance de Berlin. Devant le juge, des représentants des salariés et de la direction ont confronté leurs points de vue. Après avoir sermonné les membres du « Betriebsrat » pour leur rigidité et la direction pour avoir engagé une action contre un organe de représentation de ses salariés, le juge a remarqué que, depuis six semaines, plus aucun litige n'avait été porté devant l'instance de conciliation. La menace de porter plainte les aura calmés, a prétendu la direction. Pas du tout, ont répliqué les représentants du personnel, les malades et les vacanciers sont revenus, et il y a même eu de nouvelles embauches. L'effectif étant de nouveau acceptable, plus de raison de refuser la répartition hebdomadaire des tâches.

 

Finalement, dans un « happy end » social à l'allemande, tous ont considéré qu'à part cet accrochage, ils faisaient ensemble du bon travail. La direction a retiré sa plainte, et chacun est rentré chez soi.

Ver.di a salué ce retrait comme un « grand jour pour tous les "Betriebsräte". Ils n'ont fait qu'user de leur droit de codécision. »

 

Le dépôt de plainte de H&M a montré le peu de crédit qu'elle accorde au principe de codécision et à l'avis de ses salariés. Et devant la médiatisation de l'affaire, l'entreprise a sans doute craint que la révélation de ses méthodes peu exemplaires ne ternissent son image. Reste à voir si l'ambiance se détendra sur la Friedrichstraße, mais on peut espérer que le sens du consensus qui domine de ce côté-ci du Rhin suffira à rétablir une certaine paix sociale.

 

Romain Rivet

28 août 2011


[1]Abréviation de « Vereinte Dienstleistungsgewerkschaft », soit « Syndicat uni des Services ».

[2]Ver.di s'est en effet emparé de l'affaire, soutenant les membres du « Betriebsrat » attaqué. Les syndicats allemands, s'ils ne s'impliquent pas directement dans l'entreprise, jouent en revanche un grand rôle de conseil des salariés et de négociation avec le patronat.








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Gladice /// Montag, 29-08-11 18:13

Bien vu Elise! pas sûr que M.Rivet s'habille chez H&M!

Cette histoire montre bien l'absurdité dans laquelle on est : au départ des Chinois fabriquent pour des salaires de misère dans d'affreuses conditions des habits de qualité moyenne avec du coton certainement OGM ou des synthétiques (produits par exemple avec du pétrole iranien ou syrien!) ensuite on transporte tout ça sur des milliers de kilomètres (à nouveau absurde : "dégazage" des paquebots, et de toutes façons consommation de pétrole avec production de C02, accidents réguliers de pétroliers et enrichissement de régimes sanguinaires) et enfin ces fringues sont vendues par du personnel sous-payé et précarisé avant d'être achetées par des gens souvent dans le même cas!

 

Elise /// Montag, 29-08-11 17:16

M. Rivet: vous écrivez à propos d'H&M "la stratégie qui a fait son succès : offrir de la qualité tout en réduisant les coûts au maximum"? Sérieusement, vous avez déjà vu un vêtement de chez H&M? Vous appelez ça de la qualité?

 
 

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