Sang pour sang langue de bois
La plus grande rétrospective en Allemagne de l’actionniste viennois Hermann Nitsch, « l’un des artistes les plus controversés », a trouvé peu de journalistes soucieux d’entrer dans la polémique.
Controversé, Nitsch ?
A part la "Taz" qui rappelle que d’avant-garde, pas de trace, puisque bien des artistes avant lui ont projeté l’art hors du cadre de la toile et exploré le corps et ses sécrétions, aucun des grands journaux allemands n’a contesté cette rétrospective au Martin-Gropius-Bau.
"Stern" rappelle que malgré les scandales qu’il a provoqués, Nitsch s’est depuis longtemps imposé dans l’establishment artistique, au point d’être considéré en Autriche comme un « saint vivant ». Selon le "Spiegel", le maestro multi-talentueux est depuis longtemps un artiste d’avant-garde de la république alpine, sans lequel le langage visuel et corporel de Barney, Bock ou encore Schlingensief serait impensable. Le "Zeit", frileux, se contente de citer la commissaire de l’exposition, Britta Schmitz, affirmant que l’art de Nitsch ne se laisse pas enfermer dans un genre et ne pouvait donc être exposé que sous la forme d'une rétrospective. Quant à la "Faz", elle mentionne simplement les différends au sein de l’Association des amis de la Nationalgalerie, co-organisatrice de l’exposition - il semblerait que pour exprimer ses réserves, on s’en réfère aux injonctions des autres.
En réalité, sur les 18 salles d’exposition, il y en a 17 de trop. Car cette œuvre d’art globale (Gesamtkunstwerk) révèle une chose : Nitsch manque d’imagination. Obsédé par viscères, tripes, intestins, glaires et autres sécrétions, il dépose depuis 40 ans des entrailles d’animaux, ou la carcasse entière, éventrée, dégoulinante de sang, sur des ventres humains, ou encore peint avec du sang, ou avec de la peinture rouge monochrome en raison de son analogie avec le sang. Attention, l’artiste est aussi homme de théâtre : son Orgien Mysterien Theater, représenté régulièrement dans son château à Prinzendorf, a été « joué » en novembre 2005 au Burgtheater de Vienne. Entendez : quatre heures pendant lesquelles des acteurs nus, yeux bandés, « crucifiés », drapés dans une énorme carcasse de bœuf éventré, se font verser du sang dans la bouche par des comparses en costume de boucher qui en profitent pour remuer joyeusement les entrailles de la bête, en bref, toujours, toujours, toujours la même chose.
« Je suis l’expression de la création toute entière. Avec mon art, j’assume une forme de la mystique existentielle par le biais d’une dramaturgie psycho-analytique » explique Nitsch. Peu de gourou d’une secte vouant un culte aux boyaux pourrait s’enorgueillir de pouvoir dire autant d’inepties. Car Nitsch n’est rien d’autre. Un illuminé capable d’utiliser un langage pseudo-métaphysique pour expliquer son « art ». Et l’establishment n’ose plus être choqué de peur d’être taxé de réactionnaire. Alors laissons parler monsieur Nitsch lui-même: « Freud a dit (…) qu’essuyer ses excréments constitue la base de toute performance culturelle, de tout art, en particulier la peinture, qui commence avec ‘l’essuyage’. Quand on regarde mes œuvres, et aussi mes actions, on comprend mieux. » Effectivement, une bien belle merde.
Céline Robinet
Hermann Nitsch, „Orgien Mysterien Theater. Retrospektive“, au Martin-Gropius-Bau, jusqu’au 22 janvier 2007.
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pourquoi tant de haine ? mouarf
non sérieusement je comprends qu'on puisse ne pas aimer mais finalement c'est leur choix de faire ça et malgré tout une question se pose : pourquoi est-ce que ça attire ? Toi peut-être que tu es dégôutée mais cette fixation sur le sang et les boyaux m'intrigue.
Même si t'aimes pas, ça serait bien de respecter. Ce n'est pas parce que tu piges pas qu'il faut mépriser ça.