Les habitants d’Helgoland, île de la Mer du Nord, ont refusé dimanche 26 juin la réunification de l’île principale avec l’île secondaire, Düne. Situées dans la baie d’Helgoland, à 57km au large de Cuxhaven dans le Schleswig-Holstein, elles ont été séparées en 1720 par un raz-de-marée. Le projet pharaonique de réunification consistait à remplir l’étendue d’eau qui les sépare par du sable, et ainsi d’agrandir l’espace constructible. Objectif : relancer l’économie et le tourisme, pour la somme de 80 millions d’euros. 
Un projet qui tombe à l'eau
Cela partait pourtant si bien… Une première réunion des insulaires début 2011 avait semblé prometteuse, puisque le projet de réunification de l’île principale d’Helgoland, « le rocher rouge » et de l’île secondaire Düne « la falaise blanche » avait presque conquis une majorité. La consultation citoyenne a ensuite été programmée au 26 juin. Ce dimanche, 54,74% des votants ont refusé l’agrandissement de l’île principale, contre 45,26%. Selon le directeur du Tourisme d’Helgoland Klaus Furtmeier, les citoyens ont dû « prendre une décision émotionelle » : celle d’accepter de décider du futur des îles. La participation au vote semble confirmer cette idée, puisque 81,4% des citoyens se sont déplacés pour exprimer leur opinion.

Economie à marée basse
En 2008, l’architecte et entrepreneur originaire d’Helgoland Arne Weber travaille en collaboration avec l’Université Technique de Hamburg (TU) et l’Institut Alfred Wegener, sur le projet de remplir l’étendue séparant les îles ... de sable ! Ainsi, la réunification aurait permis d’agrandir la superficie de 300.000 m2, soit l’équivalent de 40 terrains de football. Une aubaine pour Helgoland et Düne, mesurant respectivement 1 km2 et 0,7 km2. Selon le maire Jörg Singer dans une interview accordée au Spiegel, « l’île a besoin d’espace », principalement afin de relancer ses activités touristiques, et de relancer son économie. En effet depuis quelques années, Helgoland aurait perdu de son pouvoir d’attraction. La population insulaire est passée de 2000 habitants en 1980 à 1400 aujourd’hui, sans compter qu’en 2007, elle a reçu en moyenne 330.000 visiteurs par an, soit presque un quart de moins que l’année précédente. Le tourisme étant une des sources principales de revenus, l’enjeu de la réunification était de taille. La surface supplémentaire aurait en effet dû être utilisée pour la construction d’une nouvelle plage versant Est, d’un port de plaisance, d’un terrain de golf, de nouvelles habitations et d’hôtels. Un prolongement de la piste d’atterrissage permettant à de plus gros avions de se poser avait même été envisagé. L’objectif de ce projet pharaonique aurait donc été de faire de l’île un bijou de la mer du Nord, comme le titre le journal HAN-online.de, selon les propos d’Arne Weber « Helgoland a besoin de quelque chose de spectaculaire ! ».

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 L'architecte Arne Weber
© Andr Zand-Vakili
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La bouteille à la mer : touchée et coulée
L’enthousiasme de voir renaître de ses cendres le « rocher rouge » laisse donc place à la déception. Le maire Jörg Singer avoue être déçu de la décision des insulaires, qui, si elle avait été positive, aurait permis une relance de l’économie et du tourisme. L’architecte Arne Weber exprime aussi son désarroi face à ce tournant décisif dans l’histoire de l’île : « les citoyens ont laissé passer leur deuxième plus grande chance » déclare-t-il, en expliquant qu’en 1980, le projet de construction d’un hôtel par le groupe Maritim avait été empêché par l’initiative populaire. Selon lui, le projet de réunification aurait profité à tout le monde. Maintenant c’est trop tard, il n’y a plus de plan alternatif. Il aurait presque fallu, selon ses dires, ne pas interroger la population qui a pu être influencée par l’envergure de l’opération. Selon lui, le projet serait tombé à l’eau il y a des mois de cela à cause du grand nombre de plans alternatifs proposés par d’autres architectes, mais on a oublié que le leur « était le seul sérieux ». Il déclare entre autres qu’« il ne faut pas oublier qu’il faut s’occuper de l’avenir d’Helgoland de toute urgence ».

Helgoland ne partira pas à la dérive
Ce qui est sûr, c’est que Helgoland ne deviendra pas la prochaine « Dubaï de la mer du Nord ». Cette expression moqueuse communément utilisée fait référence au projet démesuré des investisseurs de Dubaï, qui ont lancé la construction d’îles artificielles à un coût exorbitant. Ils ont du tout arrêter entre 2007-2009 pour cause de crise financière et dans l’intervalle, les îles ont dérivé et se sont enfoncées … En effet l’idée de réunification est l’objet de sévères critiques, d’une part d’un point de vue financier, mais aussi et surtout d’un point de vue environnemental. Le doublement de la surface de l’île du Schleswig-Holstein aurait été selon l’ancienne candidate à la mairie Felicitas Weck (die Linke), interrogée par le Spiegel, « complètement disproportionné ». Selon elle, Helgoland devrait se concentrer sur son point fort pour attirer les touristes : la nature. Le site internet officielle la décrit en effet comme étant "un paradis pour la nature, un paradis pour la baignade". Empiéter sur l’environnement maritime en remplissant l’espace entre les deux îles de plusieurs tonnes de sable n’aurait peut-être pas été ce qu’il y a de meilleur pour la faune et la flore locales. Selon les propos de Ingo Ludwichowski - représentant de l’alliance pour la protection de la nature du Schleswig-Holstein (NABU)- cet empiétement aurait permis la démultiplication des déplacements et aurait dérangé les animaux. Dès lors, même si la réunification insulaire « aurait profité à tout le monde » selon les propos de Arne Weber, elle aurait aussi pu nuire à l’essentiel de son attractivité : la nature. Face aux incertitudes d’un projet de cette ampleur, les habitants ont préféré ne pas lâcher la proie pour l’ombre.
Charlotte Martinez
01/07/2011
