
Il y a tout juste deux ans, un mouvement de grève inédit éclatait à l’usine de Opel Bochum, au cœur de la Ruhr. Le détonateur : l’annonce par la maison mère américaine, General Motors (GM), d’une suppression de 12 000 emplois en Europe et de la probable fermeture du site de Bochum (9 600 salariés). La direction de GM avait évoqué le recul des ventes, mais aussi des « erreurs de gestion », nécessitant des économies d’un demi-million d’euros.
Le 14 octobre 2004, un arrêt de travail spontané a mis à plat toute la chaîne de production de l’usine. Reconduite durant six jours, une « grève sauvage » - sans consultation des syndicats - a été entamée. Délaissés par IG Metall, les grévistes ont bénéficié, en revanche, d’une vague de solidarité de la part de la population locale.
Rapidement, l’arrêt de la production à Bochum a eu des répercussions dans toute l’Europe, menaçant le fonctionnement des entreprises sous-traitantes. Mais face à de fortes pressions politiques, médiatiques et syndicales, la combativité des grévistes a finit par céder, et la reprise de la production a été votée le 20 octobre. GM s’est engagée à renoncer – temporairement - aux licenciements secs, mais le manque de soutien financier des syndicats a frappé les esprits.
La « grève sauvage » à Opel a révélé le clivage grandissant entre les salariés et les fonctionnaires syndicaux, critiqués pour leur attitude de « co-manager ». « Pour renoncer, il n’y a pas besoin d’un syndicat », pouvait-on lire sur les banderoles des grévistes. Un exemple éloquent du désamour dont souffre le modèle co-gestionnaire allemand.
Lisa Jandi