
Originaire d´Ontario, mais élevé à l´école française, Chilly Gonzales est une fi gure emblématique de la scène underground de Berlin. Il revient là où on ne l´attendait pas : le piano jazz, avec son opus « Solo Piano ». Assis à une terrasse de Prenzlauer Berg, il repasse le fi lm de sa vie berlinoise tant appréciée. Et de son envolée professionnelle à Paris, dans son nouveau costume d´arrangeur.
Vos débuts musicaux en Europe n´ont pas été des plus faciles, comment avez-vous choisi de vous installer sur le Vieux Continent ?
A Toronto, j’avais beaucoup de projets sans que ça marche vraiment. J´entendais souvent : « Tu es bon dans beaucoup de styles mais j´ai l´impression que tu n’as rien de vraiment à toi… ». Mais moi, je savais qu’il y avait un fi l conducteur dans ma musique.
J´ai donc décidé d´emménager à Paris, j´avais des ambitions. Au fi nal, j´ai galéré. Bizarrement, c´est Berlin qui m´a surpris. Quand je suis arrivé, j’ai passé trois jours cloîtré à Mehringdamm avec Peaches, - fi nalement, ça aurait aussi bien pu être à Wuppertal… Un peu plus tard, on a découvert des endroits démentiels comme la galerie Berlin-Tokyo. Il y a eu un soir particulier, où on est venu jouer avec nos machines. A cette soirée, j´ai rencontré tous ceux qui ont fait partie de ma vie à Berlin, Honey Suckle Company, Kitty-yo… C´était comme un conte de fée. Ninja Pleasure, qui fait partie de Honey Suckle Company a été mon infl uence la plus déterminante à Berlin. C´est elle qui s´occupe aujourd´hui des mes visuels, dont l´installation sur mon solo de piano et mon double DVD retraçant mes collaborations avec Feist, Daft Punk, Mocky…
De retour à Paris en 2003 comment se passe votre collaboration avec la star des arrangeurs sonores, Renaud Letang ?
Renaud travaille pour Jane Birkin, Aznavour et des musiciens français. Là-dessus, je l´aide pour le conceptuel: assurer qu’un style n’est pas cliché, y ajouter une touche berlinoise pour que ça ait plus de personnalité. A la différence de Berlin, à Paris, les gens sont beaucoup dans l´air du temps. Les Berlinois se foutent un peu d’où le vent souffl e. L´ambition et le calcul sur ce qui peut fonctionner est encore tabou ici.
Mes projets avec Phillipe Katerine ou Feist, de qui je me sens très proche, se déroulent différemment. Je m´occupe du coaching créatif, je suis à la fois le psy, le support, le critique…bref, le cheer leader.
Le Gonzales au piano prend ses distances avec le héros déjanté super-villain ?
Etre seul au piano est un peu plus direct, voire dangereux. Je n’ai évidemment pas envie de rester dans le même créneau, je suis plein de contradictions, comme tous les êtres humains. Quand je fais un album, j´essaye de voir quelle facette de moi j´ai envie de rajouter à l´histoire de Gonzales. Sur scène, j’expose certains des masques que je porte dans la vie de tous les jours. Maintenant, au moins, les gens savent que je vais faire quelque chose de plus ou moins surprenant, j’ai établi une attente. J´aime ça. Je l´ai construite exprès.
Propos recueillis par Jennifer Semet