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Geraldine Chaplin
Crédits photo: Marion Muracciole / La Gazette


Que cinq amis décident d'emménager ensemble, cela s'est déjà vu. Mais que ces cinq là soient tous septuagénaires et abritent un jeune thésard allemand, qui prend leur communauté comme sujet d'étude, est déjà plus intrigant. De la sexualité chez les personnes âgées à la relativité de la vieillesse, du cancer à la maladie d'Alzheimer, Et si on vivait tous ensemble aborde de manière fine et émouvantes des questions plus que jamais d'actualité.

 

L'équipe de cette co-production franco-allemande est à l'image du film: drôle et touchante. Le célèbre acteur berlinois Daniel Brühl se fond en véritable ethnologue au milieu de tous ces enfants quelque peu ridés que sont Claude Rich, vieil angelot charmeur et terriblement sexué, Guy Bedos, d'un seul bloc et révolté, Géraldine Chaplin tantôt fragile tantôt pleine de vigueur, Pierre Richard, très lunaire, et Jane Fonda, drôle et bouleversante.

 

Avant la sortie du film le 5 avril 2012 en République fédérale, la Gazette de Berlin a rencontré Geraldine Chaplin, pour un entretien aussi court qu'intense. La fille du cinéaste mythique, au regard aigu et au rire explosif, nous livre avec une clairvoyance désabusée sa vision du grand âge et de la fin de vie.

 

M.M.




Les feux de la rampe (1952): première apparition de Géraldine Chaplin au cinéma

La Gazette : Nous sommes à Berlin, avez-vous un rapport particulier à la culture allemande ?

 

Géraldine Chaplin : J'adore Berlin. Ça fait des années que je viens, depuis les années 1960. Je suis venu pour la première fois en 1966 pour le festival. C'est une ville qui m'a toujours passionnée. Avant parce que ça pullulait d'espions, de trucs bizarres... ça a toujours fourmillé de choses très intéressantes. Et maintenant parce que c'est d'une beauté incroyable. La culture ici c'est une fontaine d'art. Plein de gens de chez nous en Suisse sont venus ici, des artistes. C'est une ville que j'adore.

 


La Gazette : Quand on est la fille de Charles Chaplin, auteur du Dictateur, est-ce qu'on a un lien particulier avec l'Allemagne ?

 

Géraldine Chaplin : Non. D'ailleurs Le Dictateur est un film génial et j’ai une très belle image en tête en lien avec Berlin. Dernièrement, il y a eu à Berlin une rétrospective de tous les films de mon père. Et ils ont montré Le Dictateur, à la Porte Brandebourg. C'était quelque chose! J'étais à l'hôtel Adlon, j'avais une fenêtre qui donnait sur la place. Le public était assis dans le froid, il faisait un froid de chien, et ils regardaient le film. Je regardais le film et le public de ma fenêtre. C'était un moment magique dont je me souviendrai toute ma vie.




Crédit photos: Marion Muracciole / La Gazette

La Gazette : Pour revenir sur le film, est-ce que ça vous fait peur le grand âge? Est-ce une chose à laquelle vous pensez ?

 

Géraldine Chaplin : J'en ai une peur bleue. Je déteste l'idée d'être encore plus vieille que ce que je suis, mais bon, l'alternative c'est la mort... De toute façon, on est nombreux à être de Exit.

 

La Gazette : Exit ?

 

Géraldine Chaplin : En fait il y a un programme en Suisse qui s'appelle comme ça: Exit. Mais il y en a peut-être deux qui le font chaque année, alors que tout le monde est de Exit. La vie c'est hyper addictif ! Alors je suis de Exit, avec mon mari on va Exiter, mais je doute qu'on le fasse, parce que la vie ça rend accro... Peut-être si on a une maladie vraiment terrible qui fait beaucoup souffrir. Mais en tout cas, je ne veux pas être un fardeau pour les enfants.

C'est marrant ce film, parce que j'ai une copine depuis 50 ans, on a toujours pensé qu'on allait vivre ensemble quand nous serions vieilles. On est déjà vieilles et on vit pas ensemble. On n'en a pas eu le besoin. C'est un peu les aveugles qui soignent les aveugles. Mais c'est une idée sympa d'être des copains et de vivre ensemble. Mais c'est peut-être un désastre. On ne sait jamais. Mais c'est mieux que de vivre avec les enfants. Quelle horreur ! Les pauvres enfants. C'est horrible !

Je n'ai pas eu de grand mère, c'est un manque. C'est peut-être pour ça que je déteste autant la vieillesse ?


La Gazette : Vous avez évolué dans le monde du cinéma dès votre enfance. Avez-vous toujours voulu être actrice ?

 

Géraldine Chaplin : Non. Je voulais être danseuse. Mais, bon, j'étais une très bonne danseuse… dans la tête, mais pas vraiment avec le corps, ce qui est un problème si on est danseur. (rires)

Je suis devenu actrice un peu par hasard et par paresse. Je me suis dit: "qu'est-ce que je peux faire pour gagner du fric et ne pas rentrer à la maison? Je vais être actrice, ça va être facile, j'ai le nom Chaplin*". Et en effet ça a été très facile. J'ai tout de suite eu un agent. Mon agent m'a dit "Le premier film, ça va être avec Jean-Paul Belmondo" et mon premier film a été avec Jean-Paul Belmondo. Merci papa ! (rires) Et après, je suis tombée amoureuse de ma profession. Mais au départ, non, je n'avais jamais pensé à être actrice. Je voulais être jockey par exemple, et plein d’autres choses encore et danseuse surtout.

 

Propos recueillis par Marion Muracciole et Régis Présent-Griot

 

* elle ne dit pas "chapline", mais "chaplin" (comme "matin").




Crédit photos: Marion Muracciole / La Gazette







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