
La Foire du livre de Francfort, la plus grande au monde, ouvre ses portes du 4 au 8 octobre, avec l’Inde comme pays invité d’honneur
L’occasion de se pencher sur le marché du livre.
En pénétrant dans l’un des hangars de la Foire du livre, le visiteur est tout de suite mis au parfum. Le livre est certes à l’honneur, mais rien à voir avec l’espace feutré d’une bibliothèque : on se croirait à Wallstreet, ou dans un magasin Tati le premier jour des soldes. Car la Foire francfortoise est avant tout un marché. Sur les cinq jours, trois sont strictement réservés aux professionnels du livre - éditeurs, imprimeurs, distributeurs, traducteurs, bibliothécaire, libraires, agents littéraires, scouts, et journalistes. Tous sont là pour une simple raison : nouer des contacts, négocier des contrats, acheter des droits ou vendre des licences... Le week-end, la Foire du livre est ouverte au public qui peut alors venir en masse pour remplir de ses nouvelles acquisitions les sachets publicitaires offerts sur les stands.
A Paris, c’est différent. L’appellation, d’ailleurs, induit à le penser : il s’agit ici d’un Salon du livre, comme si les organisateurs avaient souhaité l’inscrire dans la lignée des salons littéraires du XVIIIème siècle. Le « Salon » est donc plus petit, l’ambiance plus « cosy » : 50 000 m² d'exposition pour 1 200 maisons d’éditions, contre 172 000 m² à Francfort et ses plus de 7 223 exposants venus de 111 pays du monde. Qu’importe, le Salon du livre parisien est comme une grande librairie : pendant six jours le public va pouvoir acheter des livres, rencontrer des auteurs, faire dédicacer des ouvrages… En mars 2006, il a attiré près de 175 000 visiteurs – contre, grandeur oblige, 284 838 à Francfort en 2005 !
80 millions de consommateurs
En Allemagne, le marché du livre se porte bien : 9,2 milliards d’euros pour 2005, contre un marché français estimé à 5 milliards d’euros. Cela s’expliquerait-il par le prix moyen d’un livre au pays de Goethe (24,66 € pour un « Hardcover » et 11,11 € pour un livre de poche, contre respectivement 15 € et 5 € en France ?) Ou par l’énorme production de nouveaux titres : 89 869 en 2005, contre 68 433 sur le marché français ? Le Syndicat National de l’Edition française l’explique surtout par la démographie, les Allemands étant plus nombreux que les Français.
Quid de la traduction ?
En 2005, le chiffre d’affaires des éditeurs français s’est élevé à 2,7 milliards d’euros (soit une augmentation de 1,8 % par rapport à 2004), dont 118 millions d’euros réalisés grâce à la cession de droits. Quant à l’importation de livres français, ce sont les libraires belges les meilleurs clients, à hauteur de 173,5 millions d’euros, suivi des Suisses et des Canadiens avec respectivement 86,9 et 82,15 millions d’euros. Quant à l’Allemagne, elle se trouve à la cinquième place - derrière la Grande-Bretagne ! - avec 32 millions d’euros, soit 13,7 % de moins qu’en 2004. L’Allemagne bouderait-elle la littérature francophone ? Et la francophonie, la littérature allemande ? En 2005, seuls 338 ouvrages allemands ont en effet été traduits vers l’un des marchés francophone (contre 406 en 2004), contre 575 titres de langue française traduits en allemand (soit une augmentation de 32 titres par rapport à 2004). Le français se trouve ainsi à la deuxième place des langues traduites en Allemagne, loin derrière l’anglais avec 3 681 titres traduits. De manière générale, le France a engrangé pour la cession de ses droits quatre fois plus que ce qu’elle a dépensé pour l’acquisition de titres étrangers. Quant aux 7 491 licences vendues par l’Allemagne l’année dernière, on trouve aux trois premières marches du podium : bronze pour la Chine, argent pour la République Tchèque et or pour la Pologne. La France, elle, se trouve à la dixième place avec seulement 298 titres allemands achetés (contre 363 en 2004). Le triangle de Weimar est loin d’être équilatéral.
Jérôme Silene
Sources : Börsenverein des Deutschen Buchhandels, Syndicat National de l’Edition
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