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 Quelques heures de partage entre un prisonnier et sa visiteuse
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Depuis deux ans, Anja Schönhusen se rend à la JVA* Tegel – le plus grand établissement pénitentiaire d'Europe. Là, elle rend visite régulièrement à un détenu condamné à perpétuité.
En plein centre de Berlin, la maison d'arrêt de Tegel est pourtant à mille lieues de la vie des citoyens. Pour y entrer, il faut savoir s’armer de patience. Anja Schönhusen, 46 ans, connaît le rituel. A travers une minuscule lucarne, elle tend à l'employée assise derrière la vitre sa carte d'identité ainsi qu’un carton blanc où est écrit: "Aide bénévole au détenu, prisonnier Plätznick". Puis il s'agit d'attendre. "Madame Schönhusen et accompagnement, je vous en prie", finit par lancer une voix d'employée. Et à peine quelques mètres plus loin se referme déjà avec fracas une grosse porte de fer derrière la visiteuse.
Téléphone portable et objets de valeurs disparaissent dans une armoire ; la sensation d'être nue dans un univers étranger est totale. "Je savais ce qui m'attendait et je m'y suis habituée", raconte Anja Shönhusen, en traversant la cour de la prison. Un employé pénitentiaire la précède, un énorme trousseau de clé à la main. Le bâtiment V se situe à l'extrémité de la cour. C’est là que sont enfermés les grands détenus – criminels et délinquants sexuels –, condamnés à vie.
Günter Pätznick, 65 ans, est lui aussi cantonné entre ces murs. "Il vous attend déjà", prévient le gardien en désignant l'entrée vide un peu plus bas. En jeans et pantoufles, Pätznick se tient devant la misérable porte de la salle des visites, pas plus grande qu’une cellule aux fenêtres grillagées, ayant pour seul mobilier une table et trois chaises posées sur un sol jauni.
Incarcéré depuis 20 ans, l'éventualité de sa libération est peu probable. Il n'a plus ses parents et ses frères et soeurs ont coupé contact. Anja Schönhusen, qui lui rend visite deux heures toutes les deux semaines, constitue l’unique pont vers le monde extérieur. Pourquoi fait-elle cela? "Je pense que chacun a droit à un peu de chaleur humaine. Quand j'ai entendu parlé dans les journaux de l'aide aux détenus, j'ai pensé que je pouvais bien y consacrer quelques heures de mon emploi du temps. Et je remarque aussi combien il s'en réjouit." Pour cette psychothérapeute, l'expérience du quotidien pénitentiaire est également révélatrice. "Il est intéressant de voir comment un homme se développe dans un tel environnement. En plus de cela, j'aime être choquée; et ça, c'est un bénévolat hors du commun", dit-elle en riant.
Günter Pätznick est l'un des 1700 détenus de la prison de Tegel. Chaque mois, des centaines de demandes de prisonniers parviennent à la "Freien Hilfe", l'association des volontaires. "Mais ce n'est pas une association pour tout-un-chacun", explique Alexandra Schibath de la "Freien Hilfe", "les personnes engagées doivent être assidues et suivre un cours d'introduction." Il est important, par exemple, d'avoir un comportement adéquat envers les incarcérés, entre distance et proximité, une sorte d'"amitié neutre" comme la nomme Anja Schönhusen, et à durée limitée.
En raison des nombreuses demandes, Günter a du attendre une année avant d'obtenir cette médiation. "Je suis incarcéré depuis si longtemps que j'avais simplement besoin de quelqu'un qui me parle de ce qui se passe au dehors. Une personne avec laquelle je puisse discuter et qui amène un peu de normalité dans mon quotidien."
Günter sait que "sa bénévole" vient directement du travail pour le voir. C'est pour cela que, le plus souvent, un repas se tient prêt sur la table de la salle des visites. Aujourd'hui, le menu est composé de saucisses-moutarde, de thé et de chocolat. On rit et on discute de l'augmentation des régimes des politiciens ou de Gina, la chienne d’Anja. C'est une petite assemblée agréable, n'étaient les murs désolés et les grillages qui bouchent la vue. Du crime lui-même, il a déjà été question, c'était inévitable. "J'en ai bien sûr été choquée tout d'abord", raconte A. Schönhusen sur le chemin du retour. "Mais on ne doit pas se laisser trop atteindre par cela. Les problèmes du pénitentiaire doivent aussi pouvoir rester derrière ces murs."
* JVA: Justizvollzuganstalt = établissement pénitentiaire
Lisa Jandi
(Traduit de l'allemand par Anne-Sophie Subilia)
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