Novateur et militant, le Frauenmuseum de Bonn, en Allemagne, fête ses trente ans cette année. Découverte du plus ancien « musée des femmes » ouvert dans le monde.
Bonn, correspondance
Il fallait le trouver ! C’est au fond d’une cour intérieure, dans l’ex-capitale de la RFA, que se cache le plus ancien « musée des femmes » : le Frauenmuseum. Un lieu dédié aux œuvres d’artistes contemporaines, mais aussi à l’évolution de la condition féminine. A l’intérieur, l’art moderne et l’histoire deviennent enjeux de lutte pour l’égalité des sexes. « Nous voulons montrer que les femmes peuvent entrer au musée autrement que représentées nues », résume l’artiste Marianne Pitzen, qui dirige cet établissement précurseur dont on célébrait le trentenaire le 20 février dernier.
Cette sexagénaire allemande aux yeux fardés de khôl fonda le Frauenmuseum, en 1981, dans un vieux magasin de meubles que la ville de Bonn laissait à l’abandon. Ses soutiens de l’époque ? Une quinzaine d’alliées, artistes, scientifiques, architectes, toutes féministes convaincues. « Les gens de la mairie nous avaient prêté les locaux pour une exposition temporaire. Ils prévoyaient ensuite de construire un garage, mais nous n’avons pas voulu partir. Trois ans plus tard, ils ont fini par nous proposer un contrat de location. »

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 Marianne Pitzen, fondatrice du Frauenmuseum de Bonn, en 1981
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Aujourd’hui, le petit musée associatif emploie au moins trois personnes et réunit quelque 350 membres... les hommes étant aussi les bienvenus. Tout autant que les subventions municipales (180 000 euros par an), principale source de financement, que le maire social-démocrate (SPD) souhaiterait pourtant réduire de 66%... Malgré cette épée de Damoclès, le bâtiment et ses 3 000 m2 abritent du 22 mai au 17 juillet 2011 une exposition sur le football féminin. Sujet d’actualité puisque l’Allemagne organise cet été le sixième Mondial de foot féminin.
Engagé pour les femmes
En trois décennies, à travers plus de 500 expos, le Frauenmuseum a défriché bien d’autres terrains : le droit de vote féminin en Europe, la place des prostituées dans la société, les liens entre femmes et argent, etc. Si bien que 2 500 créatrices venues de pays différents ont déjà exposé ici leurs réalisations. « Nous devons continuer à jouer notre rôle de modèle », ajoute la souriante Marianne Pitzen.

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 Devant le Frauenmuseum de Bonn, réunion à l'occasion du deuxième congrès international des musées des femmes (2009)
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Ainsi, l’ensemble des dons reçus par le musée le 20 février va bénéficier à un « Frauenmuseum » brésilien. Au total, 52 « musées des femmes » ont pour l’instant vu le jour : en Europe - dont quatre en Allemagne ! -, en Afrique (Sénégal, Soudan), en Amérique (Etats-Unis, Argentine), en Asie (Chine, Corée du Sud) et en Océanie (Australie). Résultant d’initiatives privées ou, plus rarement, étatiques (Vietnam), ces musées d’art et/ou d’histoire ont tenu leur premier congrès, en 2008, à Merano (Italie). Un réseau international, « Womeninmuseum », a même été inauguré.
Pour la plupart, il s’agit d’édifices construits en dur, bien qu’il existe quelques musées virtuels, comme le site d’histoire Musea, monté en 2004 par l’université d’Angers. Avec la petite ferme de Faucigny (Haute-Savoie), qui s’intéresse au travail de la gent féminine dans la confection textile, c’est jusqu’à présent le seul « musée des femmes » en France… « Malheureusement, on va devoir mettre Musea en sommeil, il n’aura sans doute plus de nouvelles expositions, confie l’historienne Christine Bard, à l’origine du projet. La fréquentation reste assez décevante. » Pendant ce temps-là, du côté de Bonn, le Frauenmuseum attire à présent une moyenne de 30 000 visiteurs annuels. « Et pas que des femmes ! » se réjouit Marianne Pitzen.
Adrien Pécout
Le 22.06.2011

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