L'aéroport de Berlin-Tempelhof, reconstruit par les nazis et célèbre pour avoir servi à contourner le blocus de Berlin en 1948-1948, fermera ses portes en octobre 2008, pour laisser la place à un aéroport unique dans la capitale allemande.
Tempelhof, c'est fini, et dire que c'était le plus vieil aéroport civil, en activité depuis 1923. Des pistes trop courtes pour accueillir les gros porteurs, plus assez rentable, l'aéroport situé en plein Berlin aura été condamné par la création du BBI (Berlin-Brandebourg-International), la plateforme qui regroupera la totalité du trafic de la capitale allemande et dont l'ouverture est prévue pour fin octobre 2011. De reports en rebondissements, Tempelhof vivotait toujours avec 630 000 passagers environ en 2006 (contre près de 12 millions pour l'aéroport de Berlin-Tegel et 6 millions pour celui de Berlin Schönefeld). Mais le tribunal administratif de Berlin a confirmé en février dernier qu'il devrait fermer ses portes le 31 octobre 2008.
La requête des 13 compagnies aériennes encore présentes sur le site a donc été rejetée, bien qu'elles estiment que leur transfert vers Schönefeld les mettrait en grandes difficultés financières. Avec cette décision, ce sont aussi les projets, plus ou moins fantaisistes, de reprise du gigantesque site de 450 hectares qui tombent à l'eau. Fred Langhammer, l'investisseur germano-américain et ancien patron du groupe de cosmétiques Estée Lauder avait proposé d'investir 350 millions d'euros pour transformer l'aéroport en un centre médical géant, doté d'une clinique de pointe pour patients fortunés. Ce qui suppose de pouvoir accueillir les jets privés de ces riches patients. Le groupe d'investisseurs californien Capricorn envisageait quant à lui de transformer les imposants bâtiments en aéroport pour hommes d'affaires.
Reste à savoir ce que va devenir l'aérogare classée monument historique, troisième plus grand bâtiment du monde derrière le Pentagone et le palais présidentiel de Bucarest. Long de 1,2 km, l'édifice est considéré comme emblématique de l'architecture nazie, avec ses bâtiments hauts et massifs, puisqu'il existe dans sa forme actuelle après des travaux qui, de 1936 à 1940, devaient intégrer l'aéroport au projet de reconstruction de Berlin imaginé par Albert Speer.
Avant-gardiste au sortir de la Seconde Guerre mondiale, son organisation a servi de modèle à bien d'autres aéroports, à tel point que le célèbre architecte anglais Norman Foster a qualifié Tempelhof de « mère de tous les aéroports ». L’aéroport est aujourd'hui utilisé majoritairement pour des liaisons nationales et quelques liaisons internationales proches (Bruxelles, Copenhague, Varsovie), bien loin des années 1970 quand Tempelhof accueillait plus de 6 millions de passagers par an. Il restera, quoi qu'il devienne, le symbole du pont aérien qui, en 1948-49, avait permis aux Américains de contourner le blocus soviétique de Berlin. Tempelhof, c'est fini, pourra-t-on y retourner un jour ?
Damien Dubuc
Voir aussi:
>> Les Ailes du désir
>> Voler de ses propres ailes...
>> Elles n'ont pas volé leur réputation
>> L'aviation de loisirs en bref
>> Vol au dessus d'un nid de cocos