Elles partageaient pourtant le même héritage, celui des grandes figures féminines socialistes des années 20 comme Clara Zetkin, pionnière du mouvement féministe prolétarien, ou la mythique Rosa Luxemburg, fondatrice du parti communiste allemand… En Allemagne, les revendications féministes n’ont pas toujours été synchrones au cours du XXe siècle.
RDA, le travail féminin « au dessus des partis »
Dans la zone d’occupation soviétique, le parti communiste comprend vite l’enjeu politique et économique du travail des femmes. En 1947, il encourage la création de la Fédération Démocratique des Femmes Allemandes (DFD) pour établir, ensemble, un nouveau régime. Sur le principe du « travail féminin au dessus des partis », la DFD encourage les femmes au foyer à « entrer dans la production ». En 1980, plus de 80% des femmes est-allemandes en âge de travailler sont actives. La RDA met en œuvre un vaste programme de socialisation des tâches collectives, avec notamment « les brigades de femmes aux foyers », une prise en charge des tâches domestiques (couture, cuisine, salons de coiffure) dans les entreprises visant à faire gagner du temps (et donc de la rentabilité) à chaque foyer. Pourtant, si le socialisme permet aux femmes de concilier maternité et vie professionnelle, et se veut progressiste, il ne remet jamais en cause le rôle de la femme dans la famille où elle est avant tout une mère et une épouse. Pour exemple, la Muttipolitik des années Honecker et sa « Baby-Jahr », année de congé payé à la naissance du second enfant.
A l'ouest, avant tout mères et épouses
En RFA, la vision de la femme connaît une toute autre évolution. En 1949, les femmes se regroupent au sein du Cercle des Femmes Allemandes (DFR), organisation pluripartite. Avec le retour des prisonniers de guerre et jusqu’à la fin des années 60, les familles retrouvent un schéma traditionnel. Si certaines travaillent, les femmes actives sont loin de représenter la majorité. Et elles sont conditionnées à quitter leur emploi lorsqu’elles deviennent mères.
Les choses évoluent avec le « mouvement autonome des femmes » (« die neue Frauenbewegung ») et l’entrée de jeunes femmes au SPD au début des années 70.
Mais si les générations de femmes de l’Allemagne unifiée se rejoignent sur le combat pour la légalisation de l’avortement, elles ne s’entendent en revanche pas sur les qualités émancipatrices du travail. Interrogée à ce sujet, Corinne Bouillot, co-auteure de « Femmes, féminismes et socialismes dans l’espace germanophone après 45 », le rappelle : « A l’heure où le taux de natalité est un réel problème en Allemagne, il est intéressant de voir comment l’Allemagne unifiée va concilier ses deux traditions de politiques familiales. Dans ce domaine, le modèle de la RDA ressemblait beaucoup plus au modèle français qu’à celui de l’Allemagne de l’Ouest ». Un débat aujourd’hui brûlant.