

Une énorme flèche rose au milieu d’un terrain vague, c’est l’une des marques les plus visibles du projet Neuland. Quelques mètres plus loin, un panneau, rose lui aussi, et ce curieux message : « On recherche des pêcheurs sans étangs, des parachutistes sans piste d’atterrissage ou de futurs champions du monde sans terrain de foot. »
Ici, à Marzahn-Hellersdorf, un ancien quartier de Berlin-Est aux confins de la région du Brandebourg, tout est possible ou presque. Et l’équation est simple : un projet contre un terrain. La municipalité prête ainsi des terrains vides, pour une durée déterminée, avant qu’ils ne soient définitivement reconstruits, exemple parfait de « Zwischennutzung » s’il en est. « Près de 140 surfaces sont à l’abandon dans le quartier » explique Helga Zschocher, coordinatrice du projet Neuland. « Soit près de 100 hectares. »
L’initiative a été lancée en juin 2006 dans le cadre du programme de reconstruction Stadtumbau Ost, en réponse à cette urgence : que faire des espaces laissés en friche après la démolition de bâtiments publics inoccupés ?
Une visite du quartier jalonné de barres d’immeubles permet de mieux saisir l’ampleur des travaux. Ici, trônent encore les décombres d’un jardin d’enfants. Là, c’est un gymnase qui va être démoli. « Après la chute du mur, beaucoup d’habitants ont quitté ces logements sociaux pour aller vers l’ouest » reprend Helga Zschocher, « et toutes ces infrastructures sont devenues inutiles ».
Le jardin multiculturel de la rue Golliner, estampillé Neuland, est un exemple de reconversion réussie. Ici, les immeubles marron de onze étages ont fait place à de petits bâtiments multicolores. Et des parcelles de poireaux occupent désormais les friches de l’ancien jardin d’enfants. Dix-huit familles, d’origine russe, ukrainienne et vietnamienne cultivent ainsi leurs propres légumes, pour une durée de cinq ans. Et après ? L’avenir est incertain mais on parle déjà de logements familiaux.
Pourtant, quelques mois après le lancement de la campagne de promotion, et malgré l’enthousiasme général, le bilan est assez maigre. Seuls cinq projets ont pu être réalisés: des jardins potagers et une pépinière. Obstacles importants : les projets retenus ne bénéficient d’aucun soutien financier de la municipalité et sont surtout… temporaires. Les idées sont pourtant légions mais pèchent parfois par manque de réalisme. « Sur cet espace, des jeunes souhaitaient installer un bar avec de la musique » raconte la coordinatrice de Neuland. « Mais avec la maison de retraite juste en face, ce n’était pas possible ».
En attendant, les démolitions d’écoles continuent : 50 bâtiments doivent disparaître d’ici à 2009. « On guette les bonnes idées » affirme Helga Zschocher, en jetant un dernier coup d’œil à l’une des flèches roses, couverte de graffitis.
Aline Brachet
Infos : www.neuland-berlin.de
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