Depuis le 26 octobre 2005, dans le cadre du renforcement des lois sur la sécurité aux frontières, les Etats-Unis ont imposé aux Etats membres de l'Union Européenne l’attribution d’un passeport électronique appelé « ePass ». L’Allemagne a été la première à adopter ce passeport muni d’une puce contenant des éléments d’identification biométriques, notamment l'image numérisée de son titulaire.
Les passeports contiennent depuis toujours des données biométriques, c'est-à-dire des caractéristiques morphologiques comme la taille, la couleur des yeux, la signature, ou la photographie d’une personne. Mais avec les nouveaux passeports électroniques, ces données vont être stockées sur la carte à puce du passeport. Une sorte de photographie virtuelle de son titulaire qui, mise en relation avec les caméras de surveillance et un fichier existant, pourrait permettre d’identifier très facilement une personne. De quoi améliorer sensiblement la sécurité des déplacements aux frontières.
Une menace pour les libertés individuelles ?
La sécurité, c'est bien, mais « n'en fait-on pas trop ? » se demande aussi Roland Schäfer, président de la DatenSchutzVerein, une association consacrée à la protection des données. D'autres opposants à cette technologie, comme l'association Chaos Computer Club (C.C.C), estiment qu'elle va à l'encontre du « droit de l'individu à disposer de lui-même » et redoutent « de nouvelles formes de surveillance » de la part du gouvernement allemand.
Pourtant, d’après madame Ziesig, chargée de communication au ministère allemand de l'Intérieur, « ces informations confidentielles se trouveront uniquement sur la puce du passeport et ne seront pas centralisées dans une banque de données ». De plus, les données enregistrées sur la puce ne peuvent être lues que dans des conditions particulières : le passeport doit être présenté ouvert et à une faible distance des lecteurs autorisés.
Pas encore fiables à 100%
Selon Roland Schäfer, l'utilisation de la biométrie en tant que processus d'identification ne donne jusqu’à présent qu'une illusion de fiabilité : « La reconnaissance d'un visage ou d'une empreinte digitale n'est que de 90-98% ». Ce qui laisse prévoir de beaux embouteillages aux guichets des aéroports si l’on souhaite s’abandonner à la technique et supprimer le contrôle manuel... En fait, au moins deux données biométriques sont nécessaires pour obtenir une reconnaissance suffisante. A partir de 2007, la puce des nouveaux passeports comprendra donc également les informations issues du relevé des empreintes digitales des deux index de la personne concernée.
Tous les passeports délivrés avant novembre 2005 et valables pour dix ans autoriseront tout de même la libre circulation vers les Etats-Unis pour cette période. La phase actuelle de transition, au cours de laquelle plusieurs types de passeports coexistent, sera mise à profit pour perfectionner la technique et, peut-être, permettre l'atténuation des craintes et des critiques des opposants.
Sylvie Albert