
« Préparer la libération avec le maximum de garanties »
Praticien reconnu, Roland Coutanceau* tente de résumer les enjeux d’un débat plus que délicat.
La Gazette : En Allemagne la législation permet de maintenir des condamnés au-delà de la peine prévue, qu’en pensez-vous?
Roland Coutanceau : C'est une politique de défense sociale, où protection de la société prime sur préoccupation de la liberté individuelle du condamné. Sur le plan criminologique, prévenir la récidive a toujours été un élément du débat social. La médiatisation des récidives accentue ce souci. En France aussi, le terme de dangerosité est plus présent, avec des dispositions musclant l'arsenal répressif et accompagnant le retour à la société de sujets « à risque ». Ces dispositions font polémique.
Que suppose ce type de disposition ?
Le placement en rétention socio-médico-judiciaire de sûreté suppose, pendant le temps de peine, un travail d'évaluation et de prise en charge médicale, psychologique et criminologique, notamment pour les détenus récidivistes. L'évaluation essentielle de la dangerosité, sujet à polémiques lui aussi, renvoie à une appréciation probabiliste du risque. Cette évaluation et la prise en charge des sujets sont encore insuffisamment développées. Il faut que le travail en prison soit à la hauteur de la contrainte qu'une société peut imposer à un individu en lui infligeant une rétention complémentaire .
Que peut-on préconiser aujourd'hui ?
Le travail d'évaluation et de prise en charge en prison est ce qu'une société démocratique peut faire de mieux pour donner tout son sens à la peine. Les sociétés modernes ont amélioré la vie carcérale : possibilité de s'instruire, de travailler, voire de recevoir sa famille. La prévention de la récidive dans l'intérêt de la société mais aussi du sujet lui-même doit maintenant être centrale, car quoi de plus masochiste que de récidiver ?
Parallèlement, il faut développer en prison 1/des espaces dédiés à l'évaluation psychocriminologique afin de classer les sujets en significativement, moyennement, peu ou pas dangereux. 2/ des prises en charge soit médico-psychologiques soit criminologiques avec évaluation avant et après. Ces suivis étant menés par des personnels "santé" (du côté médico-psychologique) et "Justice" (sensibilité criminologique).
Enfin, dans un dialogue avec l'intéressé lui-même, il s'agit de préparer la sortie en l'assortissant de contraintes liées à la dangerosité supposée. Pour moi, un centre de rétention ne doit pas se borner à l’enfermement à vie, mais plutôt préparer la libération avec le maximum de garanties et de contraintes, dans l'intérêt de l'intéressé lui-même. Ainsi, l'évaluation de la dangerosité au long de la peine pourrait souvent rendre inutile le recours à la défense sociale. C’est l'esprit dans lequel je conçois la dangerosité criminologique, son évaluation et l'accompagnement du détenu à sa libération.
Propos recueillis par Régis Présent-Griot
*Psychiatre-criminologue, Roland Coutanceau est expert près la Cour de Cassation et président de la Ligue Française de Santé Mentale. Ex-membre en France de la Commission d’analyse et de suivi de la récidive (de 2005 à 2007), il est l’auteur de deux essais :
« Vivre après l'inceste » (2004) et « Amour et violence, le défi de l'intimité » (2006).
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