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 Accrochage sans accroches de neo Rauch
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A Leipzig se joue depuis plus de dix ans l’histoire de deux générations de peintres au succès fulgurant. Dotés d’une formation classique, ils ont créé la surprise et ont conquis le marché de l’art, particulièrement aux Etats-Unis. La « Nouvelle Ecole de Leipzig » continue de faire parler d’elle. Analyse critique.
Après 1989, Leipzig a connu d’incroyables
changements. D’un côté, il fallait rénover de fond en
comble l’Académie (Leipziger Hochschule für Grafik
und Buchkunst) et ses enseignements théoriques. De
l’autre, son enseignement pratique avait gardé, durant les
années de rideau de fer, une certaine tradition picturale.
Un mélange de savoir-faire perdu, de chaos et d’euphorie
se trouvait soudain réuni.
C’est Neo Rauch qui, le premier, fit parler de lui.
Élève d’Arno Rink (peintre et directeur de l’Académie
avant et après la chute du mur) - Rauch gagne en 1997 le
prix du Leipziger Volkszeitung et, peu après, une
renommée mondiale due en partie aux collectionneurs
américains Rubell. Aujourd’hui, entre Tilo Baumgärtel,
David Schnell, Martin Kobe, Christoph Ruckhäberle ou
Matthias Weischer, le choix de styles et de motifs est
grand. Mais c’est le critique Arthur Lubow qui résume le
mieux ce qui unit ces artistes: « Les peintures véhiculent
une ambiance, pas un message ». Mélange d’esprit pop et
de situations énigmatiques où les personnages effectuent
des actes improbables.
Le rôle de la galerie Eigen+Art, dirigée par Gerd
Harry Lybke, est essentiel dans toute cette histoire. Née
en 1983, elle accompagne depuis les meilleurs artistes de
la ville. Elle ouvre en 1992 un espace à Berlin
(Auguststraße) et amène son écurie sur le devant de la
scène mondiale. En 2005, elle emménage dans la grande
Spinnerei de Leipzig. Cette ancienne usine textile qui
fleure bon la ruine industrielle devient vite un vaste
complexe d’ateliers, de marchand de vin, de couleurs et
de galeries allemandes (Kleindienst, ASPN,
Dogenhaus...) mais aussi américaines (Pierogi) et
anglaises (Fred), auxquelles se joint une fondation
présentant des expositions thématiques (Federkiel).
Leipzig a également pris Berlin d’assaut avec des
Produzentengalerien, galeries temporaires qui
appartiennent aux artistes eux-mêmes. D’abord la
mythique Liga fondée en 2002 et qui a fermé ses portes
en avril 2004. Puis, aujourd’hui, la pimpante Amerika
(Brunnenstraße 7). Les jeunes diplômés ou étudiants y
font leurs armes, présentent dans des conditions
optimales leurs oeuvres et touchent rapidement des clients
internationaux capables de leur apporter la gloire et la
fortune (tel Matthias Weischer qui, de Liga, a intégré
Eigen+Art et vient de recevoir le prix Rolex Mentor and
Protégé d’un montant de 25 000 dollars...).
Mais, pour qui veut vraiment voir et comprendre
ce qu’il se passe à Leipzig, un passage au musée des
Beaux-Arts (Museum der bildenden Künste) est
obligatoire. Là, on peut admirer tous les peintres qui ont
formé ou influencé cette “Nouvelle École de Leipzig” et
comprendre qu’ils ne sont pas une “génération
spontanée” des années 90. Avec les essentiels Werner
Tübke et Wolfgang Mattheuer, peintres actifs en RDA et
représentant d’une “première école” désormais célébrée.
Si, pendant longtemps, c’étaient les mouvements
(surréalisme, minimalisme, pop, conceptuel...) qui
décidaient des tendances, il est tout de même triste de voir
que ce qui réunit les peintres de Leipzig et les rends
intéressants sur le marché de l’art, c’est simplement leur
origine géographique.
Thibaut de Ruyter