Au-delà des graves implications sociales et comptables liées aux problèmes de câblage, la réelle question n´est-elle pas qu´Airbus, et sa société mère EADS (désormais détentrice à 100%) sont devenus des avions sans pilote ?
En effet, les deux principaux actionnaires d´EADS, les groupes Lagardère et DaimlerChrysler semblent désireux de se désengager de l´aéronautique. Le premier, sous l´impulsion d´Arnaud Lagardère, souhaite devenir un acteur mondial de la communication. Le deuxième, déjà bien occupé par les résultats de sa filiale américaine, veut se recentrer sur le secteur automobile.
Jean Pierson ancien dirigeant d´Airbus vient en effet de mettre les pieds dans le plat en déclarant qu´EADS « est une société dans le mur ». L’origine des malheurs actuels ? L´actionnariat serait déficient et le tête à tête franco-allemand déresponsabilisant. L´ex-N°1 d’Airbus estime même que les mécanismes de contrôle et de pénalités financières qui existaient à l´époque de la structure précédente (GIE) auraient empêché une telle situation.
Il est certain que d´avoir parmi ses actionnaires les Etats français, espagnols, russes ainsi que des Länder allemands n´est pas de nature à simplifier les choses. Toutefois, même si les problèmes de câbles ont peut-être bon dos, les enjeux auxquels Airbus est confronté ne sont pas fantomatiques : coûts forts en Euro et entrées en Dollar affaibli, investissements indispensables à l´élargissement de la gamme, anticipations sur les transferts de technologie, arbitrage entre la tentation de délocalisation et la préservation d´un savoir-faire industriel européen (combiné à l´équilibrage entre partenaires)... et surtout un concurrent, Boeing toujours vivace. « Power 8 », le plan de restructuration prévu, ne sera donc visiblement pas de trop.
Mais le jeu en vaut certainement la chandelle, sinon les Russes (par le biais notamment de la banque Vneshtorgbank) ne seraient pas récemment entrés à hauteur de 5% dans le capital et les rumeurs persistantes sur l´intérêt de l´Etat de Dubaï auraient cessé…