« Je vis et travaille depuis 40 ans en Allemagne, paye mes impôts mais n’ai pas le droit de vote ! Vivons-nous vraiment dans une démocratie ? » Avec de telles pancartes sur le dos, Aydin Akin effectue chaque jour quelque 40 kilomètres à vélo entre son domicile et son bureau de « conseiller fiscal pour petites gens », à Neukölln, un quartier de Berlin. Vers 18 heures, il klaxonne devant le Reichstag. Son message : à quand le droit de vote aux étrangers, ceux qui vivent en Allemagne mais ne sont pas européens ?
Arrivé à Berlin à la fin des années 60 pour passer sa thèse, Aydin Akin tombe de haut : l’Allemagne qui fait rêver les « Turcs de Turquie » lui semble mépriser les émigrés de la première génération, ceux qui ont aidé à la reconstruction d’après-guerre. « Je me suis alors engagé dans le Comité des Etrangers (Auslandkomitee). Nous voulions une démocratie avec les mêmes droits pour tous. » Trente ans plus tard, ce Berlinois d’origine turque se bat toujours pour la même cause.
La Loi Fondamentale réserve le droit de vote au « Staatsvolk », c’est à dire aux détenteurs de la nationalité allemande (art. 116). Les étrangers résidant en Allemagne n’ont pas le droit de vote, à l’exception des ressortissants européens pouvant voter aux municipales (voir article suivant). « Je ne comprends pas la politique d’intégration menée en Allemagne. On propose à nos jeunes d’opter pour la nationalité allemande entre 16 et 23 ans, mais on continue de refouler leurs parents aux portes du Bürgeramt. Comment voulez-vous que ça marche ! », s’emporte Aydin Akin, persuadé que le droit de vote doit être découplé de la nationalité. « Ils pourraient accorder le droit de vote au niveau local à tous les habitants et verraient que c’est en participant à la vie publique qu’on s’intègre et qu’on devient allemand. » La coalition "Rouge-Vert" avait soulevé la question en 1999, mais le chemin est long et Aydin Akin devra certainement jouer du klaxon encore un bon bout de temps.
Charlotte Noblet