Pour le 800ème anniversaire de sa fondation, Dresde vient de s’offrir coup sur coup de quoi devenir définitivement la ville la plus touristique d’Allemagne. Après la consécration de l’église Notre-Dame, la Frauenkirche, il y a tout juste un an, l’ouverture de la Voûte verte historique dans la résidence reconstruite des Wettin, princes électeurs de Saxe, est l’un des événements culturels majeurs de cette année.
Les lecteurs attentifs sauront déjà de quoi il s’agit : une petite partie des collections saxonnes a, au printemps, fait le voyage jusqu’à Versailles pour l’exposition « Splendeur de la cour de Saxe, Dresde à Versailles » présentant le trésor royal du XVIIIème siècle.
Depuis 2004, la première partie des collections ou « nouvelle Voûte verte » était déjà accessible au public. On pouvait notamment y admirer les chefs d’œuvre de Dinglinger, joailler d’Auguste II dit Auguste le Fort, prince électeur de Saxe et roi de Pologne (1670-1733), la célèbre cour du grand Mogol ou encore le service à café en or pour lesquels le roi avait à l’époque déjà dépensé une petite fortune. Avec l’ouverture au public le 15 septembre 2006 de la Voûte verte historique qui complète les salles modernes, le trésor d’Auguste le Fort retrouve son écrin originel. C’est en effet dans ce lieu que le roi réalisa entre 1723 et 1730 sa vision d’une œuvre d’art baroque globale comme expression de sa richesse et de son pouvoir absolu. 3000 pièces sont présentées dans ces chambres, véritables coffres au trésor, construites entre 1723 et 1729 sous la direction de Matthäus Daniel Pöppelmann. En point d’orgue : la salle des joyaux avec les parures d’Auguste II et de son fils Auguste III ainsi qu’une époustouflante collection de bijoux et pierres précieuses du XVIII ème siècle.
Ces salles, qui portaient déjà au XVI ème siècle le nom de « Voûte verte » en raison de la peinture qui recouvrait leurs murs, furent entièrement détruites dans l’incendie du château après le bombardement du 13 février 1945. Le trésor, entreposé pendant la guerre dans la citadelle de Königstein, fut saisi par les Soviétiques qui le restituèrent en 1958. Pendant 16 ans, il est resté dans les réserves. A l’époque, il n’y avait pas de lieu pour l’exposer, et la reconstruction des musées n'était pas une priorité compte tenu des besoins en logement. Après 1974, un quart des pièces fut montré dans l’Albertinum (qui accueille toujours la collection des sculptures et surtout la galerie des maîtres modernes), le reste continuant à dormir dans les réserves. On estime qu’une centaine de pièces ne sont jamais rentrées de Russie. Et manquent toujours à l'appel.
Les joyaux étant exposés directement sur des présentoirs ou accrochés au mur, le nombre de visiteurs est limité pour éviter toute dégradation (chacun devant passer dans un sas pour se dépoussiérer). La durée de la visite ne doit pas dépasser 15 minutes. Jusqu’à début 2007, il ne reste plus que quelques places disponibles… Le succès de la voûte verte risque de ne pas retomber de sitôt !
Damien Chapuis