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Birgit Böse, 44 ans, est aujourd’hui conseillère pour le Fonds d'aide aux sportifs victimes du dopage (1). Elle-même fut sujette au programme de dopage systématique de la RDA.

 

Vous avez mené des entretiens avec plusieurs athlètes de l’ex-RDA et listé les conséquences de leur dopage, pour une étude sortie en novembre dernier (2). Une grande première, plus de quinze ans après la réunification ?

 

Oui, c’est le premier recueil qui traite de la vie des athlètes dopés de l’ex-RDA : les entraînements punitifs, les maladies dues au dopage, les reconversions et les moments de profond désespoir. Nous avons rassemblé une soixantaine de témoignages. Certains athlètes n’ont pas eu la force de remuer le passé, d’autres étaient tellement pris par leurs soins médicaux qu’ils n’ont, en deux ans de temps, pas réussi à nous rencontrer. Une athlète est aussi décédée pendant le projet. En général, ils étaient prêts à témoigner pour éviter de nouveaux dopages systématiques. Et maintenant, ils reconnaissent que dire ce qu’ils avaient sur le cœur leur a fait du bien. Peut-être parce que notre étude leur a aussi révélé qu’ils n’étaient pas seuls avec leurs problèmes, qu’ils n’étaient pas coupables d’être malades ou d’avoir donné naissance à des enfants malades.

 

Le Comité olympique allemand (DOSB) a récemment annoncé l'indemnisation de 167 sportifs de l'ex-RDA victimes de dopage systématique. Une compensation de 9 250 € et la fin des procédures judiciaires. Cela permettra-t-il de cicatriser le passé ?

 

La somme permet de venir en aide aux sportifs parfois confrontés quotidiennement à la maladie, de payer une partie des médicaments et soins nécessaires. Après l’indemnisation de plusieurs sportifs par l’Etat, en 2005, c’est au tour des fédérations sportives. Deux signes de progrès, mais qui n’effacent pas le problème. Le groupe pharmaceutique Jenapharm a aussi annoncé la possibilité d’une compensation financière. Seulement, les victimes attendent beaucoup d’argent de l’entreprise qui a produit en masse des anabolisants utilisés par les autorités sportives de RDA.

 

La plupart des sportifs ne savaient pas ce que les entraîneurs ou médecins du sport leur administraient. Les « pilules bleues dans du papier d’alu » leur ont souvent été présentées comme des vitamines.

Jeune lanceuse de poids dans les années 70, avez-vous également été dupée ?

 

Mon entraîneuse avait normalement six ou sept boîtes de comprimés sur sa table, dont les boîtes de vitamines que je connaissais, celles que les parents donnaient aux enfants pour passer l’hiver parce qu’il n’y avait pas beaucoup de fruits en RDA. Un jour, je lui ai demandé ce que c’était. « Des vitamines et des minéraux ». A treize ans, j’étais loin de me douter qu’une partie n’en était pas !

Les documents de la Stasi ont depuis révélé que les cadres politiques de la RDA avaient ordonné qu’on parle de vitamines et de minéraux aux sportifs. Le mensonge était donc intentionnel. Par ailleurs, on incitait les enfants au silence. Par exemple, les jeunes sportifs avaient de l’ananas en boîte comme dessert à l’internat des clubs de sport : un vrai luxe du temps de la RDA ! On nous disait qu’on l’avait mérité car on s’entraînait dur et qu’on avait besoin de vitamines. Mais qu’il ne fallait pas le dire pour ne pas rendre les autres envieux. Il fallait garder le secret, tous ensemble. Et surtout, ne pas être critiques.

 

10 000 athlètes de la RDA auraient été victimes de dopage. Etait-ce le moyen d’atteindre des fins politiques ou peut-on parler de manipulations pharmacologiques ?

 

Les hommes politiques de la RDA tenaient à ce que le pays soit présent lors des compétitions sportives internationales. D’où ce programme de dopage systématique pour atteindre des résultats en un temps record. Et dans les années 70, le dopage n’était pas comme aujourd’hui un thème de société. Les rares cas étaient en général américains et tout de suite, on parlait des méchants capitalistes qui essayaient de nous bluffer.

Par ailleurs, des documents relatent qu’on s’intéressait aussi à savoir ce qu’il se passait lorsqu’on changeait la composition des produits administrés. En somme, les sportifs de la RDA étaient des rats de laboratoire. Leur cage était seulement un peu plus grande.

 

Propos recueillis par Charlotte Noblet

 

(1) Dopingopfer-Hilfegesetz - DOHG

(2) „Wunden und Verwundungen“ – Documentation réalisée par Birgit Boese et les professeurs Elk Franke et Giselher Spitzer








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