Derrière ce nom, se cachent trois DJ : Sly, Zé Matéo et High Ku. En France et ailleurs, ils diffusent l’esprit Zen avec le rappeur Taiwan, et collaborent souvent avec des artistes de tous horizons. En fait Chinese man, en plus d'être un groupe c'est avant tout un collectif regroupé sous un label indépendant. Jazz, hip-hop, funk ou reggae, leur platines distillent un mix à l'image de cette diversité.
Avant leur concert ce samedi 28 janvier à la Badehaus de Berlin (pour lequel on vous offrait des places à gagner) La Gazette de Berlin est allée à la rencontre de Sly, Zé Matéo, MC Taïwan et William, leur manager. Une interview placée sous le signe du Zen.
« Et tes snickers, tu les a trouvées où ? », demande Sly au journaliste allemand sur le départ un rien interloqué. Barbes de trentenaires, cigarette à la commissure des lèvres, t-shirts larges et casquette vissée sur la tête pour Taïwan, les Chinese Man sont conformes à leur musique : décontractés. Sollicités par la presse allemande toute la matinée, ils lâchent un petit « aaah » de soulagement lors de notre rencontre : « on va pouvoir parler français !»
La Gazette : Pourquoi avoir choisi un nom sibyllin comme Chinese Man ?
Sly : Au départ on a choisi Chinese Man parce que c'était le nom du premier morceau qu'on a fait ensemble. On avait pris une voix dans un film qui disait "Chinese Man", on trouvait que ça sonnait bien, que ça faisait joli, un peu mystique. Au moment de sortir le premier vinyl, on a créé la structure qui allait avec [Chinese Man Records, ndlr].
Zé Matéo : Comme on trouvait pas de nom, on s'est accordés pour garder Chinese Man. Ça collait bien au projet parce qu'on voulait pas un truc hyper identifiable, avec nos noms par exemple. Petit à petit, tout a commencé à avoir un peu plus de gueule. Graphiquement aussi, l'esprit reste asiatique.
La Gazette : La culture chinoise vous influence-t-elle ?
Zé Matéo : Très peu au final, c'est juste que ça colle à la quête de l'esprit zen. On adore le cinéma asiatique mais bon, c'est vraiment parce que ça nous permettait d'avoir un projet un peu mystique, un univers un peu décalé par rapport à d'autres trucs qui sortaient au moment où on a commencé, vachement porté sur l'image, genre les poses Hip Hop, nous on était trop vieux pour ça.
Sly : Du coup c'était marrant de créer un univers, on a pu faire plein de trucs.
La Gazette : Quelles sont vos influences musicales ?
Sly : DJ Shadow a été important. Il a montré qu'on pouvait faire du Hip Hop sans MC.
Zé Matéo : Le Hip Hop des années 90. On a notamment utilisé les samples, les batteries, les basses, ce genre de trucs. Après on est également influencés par le reggae, dans la production. La dub, la drum & bass, à peu près tout en fait, sauf vraiment la techno... berlinoise par exemple !
La Gazette : En mélangeant sans cesse les styles, vous n'avez pas peur de vous disperser ?
Zé Matéo : Non, ça nourrit le projet au contraire. Le truc c'est de ne pas avoir de contraintes et c'est ça qui est chouette! Lorsqu'on trouve un sample [extrait de musique ndlr] en général on ne se limite pas au fait de se dire "on va faire que du hip hop".
Sly : Si par exemple on veut un beat un peu plus rapide, genre afro beat, on s'autorise cette liberté. Si on devait faire que des trucs jazzy ce serait chiant. En les samples qui dirigent le morceau, c'est notre base principale, ensuite on essaie de caler une batterie, la direction elle vient après, notre musique n'est pas vraiment réfléchie, si ça marche, tant mieux, sinon ... !
La Gazette : Quelles ont été vos collaborations ?
Zé Matéo : On collaboré avec pleins de MC [rappeurs, ndlr] américains qui sont nos potes. On a bossé également avec Général Elektriks sur un morceau, il a fait les arrangements de clavier. Sinon, les sons se font par rencontres fortuites : artistes indonésiens, musiciens, rappeurs...
Sly : On a collaboré avec beaucoup de musiciens en fait. C'est ce qui nous a donné cette perspective de rencontres,de magie, que tu peux difficilement avoir dans le sample, c'est une autre forme.
La Gazette : En live, tout est dans l'improvisation ou dans le calcul ?
Sly : Comme on utilise la vidéo, la structure du morceau est très calée. Après, on peut improviser dans chaque partie, mais le set est assez précis. L'intérêt c'est qu'on essaie de changer à chaque fois. Normalement chaque concert est exclusif, et tu verras jamais la même chose : on invite des musiciens, des MC, on change la playlist, on rajoute des morceaux, on en enlève...
Zé Matéo : On est avant tout un collectif. A l'année, être un label indépendant permet une belle liberté créative. Sur la route on est dix artistes/techniciens, on a des collaborateurs, un graphiste, deux vidéastes [Fred & Annabelle, ndlr] , et ça va très vite. Ça marche un peu comme ça. Ça demande beaucoup d'investissement de la part de chacun, il n'y a pas de hiérarchie précise, car c'est un projet qui prend du temps.
Sly : William [le manager du groupe, ndlr] nous engueule souvent, parce qu'on est en retard (rires). Non, en fait on est des potes avant tout. Du coup, c'est assez facile, malgré quelques « prises de choux » dans le quotidien.
La Gazette : C'est votre première tournée en Allemagne ?
Zé Matéo : Ouais ! Hanovre [Chinese Man était en concert à Hanovre le 21 janvier] c'était génial. Contrairement à ce qu’on aurait pu penser, il n'y avait pas que des Français, les Allemands représentaient 80% du public. Ils connaissaient les paroles par cœur ! On sait pas trop comment mais c'est certainement grâce au Net.
Sly : En fait c'est ce qui nous a aidé depuis le début. On pense que les gens aiment bien fouiller sur Internet, du coup, ils arrivent à trouver ce qui leur plaît vraiment.
Taïwan : C'était cool. C'est vrai qu'en Allemagne, la culture hip hop est assez importante. A Hanovre, on a fait pas mal de clins d'œil à plein de morceaux hip hop, et les Allemands connaissaient !
La Gazette : Quelles sont vos impressions sur l'Allemagne, des surprises ?
Sly : On a quand même vu beaucoup de blonds aux yeux bleus. On a mangé pas mal de pommes de terre et des saucisses aussi ! (rires) Plus sérieusement, pour ce que Berlin peut proposer de culturel et d'alternatif, il y a plein de choses à faire et pour que General Elektriks s'installe ici, c'est qu'il doit y avoir du potentiel.
La Gazette : Avec les tâtonnements d'Hadopi (Haute autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet ), l'actuelle polémique qu'engendre la SOPA (Stop Online Piracy Act ) aux Etats-Unis... quelle est votre opinion sur le téléchargement illégal ?
Zé Matéo : Nous on va pas cracher sur un truc qui fait qu'on existe. On a connu un peu toutes les phases depuis le début de l'Internet. Par exemple, quand la pub de Mercedes-Benz est sortie [« I got that tune » est le morceau qui les a fait connaître auprès du grand public ndlr], on a volontairement pas mis en avant le fait que c'était nous qui avions fait la musique, ce qui a obligé les gens à être acteurs et à se rendre sur notre Myspace. Et du jour au lendemain, des milliers de personnes ont découvert le groupe.
Sly : On est encore énormément téléchargés illégalement, et c'est ce qui rend la musique un peu plus accessible. Derrière ça soulève évidemment la question de comment tu vis de ta musique....ça va de plus en plus être par des moyens alternatifs comme le live. Depuis quelques années, il y a de plus en plus de festivals, de concerts, les gens sortent, ça crée une fréquentation incroyable.
La Gazette : Alors pour vous l'avenir des artistes passe (sur Internet) par le viral ?
Zé Matéo : Ça a marché pour nous en tout cas ! Il faut dire qu'on est arrivé à un moment où le marché de la musique partait en vrille, les gens ont essayé de trouver des voies alternatives : comment écouter de la musique ? Comment la diffuser ? Puis Internet s’est imposé. La toile, c’est tellement immense, c’est un peu comme la rue. Au final, quand tu décides de mettre un truc sur Internet, c'est comme si tu décidais de l’exposer dans la rue. Les gens qui passent découvrent les trucs que tu viens de poser. Plus t'es curieux et intéressé par une ville ou ses rues, plus tu y découvres des choses. La musique c’est la même chose, tu décides de faire un truc, tu proposes quelque chose, et puis ceux qui passent par là ils l'amènent chez eux si ça leur plaît.
La Gazette : Pour finir, un bon souvenir ?
Zé Matéo : Nos désirs de voyage et d'échange. Le fait qu'on décide entre potes de partir trois semaines pour aller à San Francisco. Voyager, ça créé un truc. T'as des pays où les mecs ont vraiment une logique d'échange. C'était un peu comme ça à Jakarta, avec le groupe qui a joué en première partie, il y a une rencontre qui s'est faite, sans passer par les maisons de disques. On a pris sur nous pour inviter quatre artistes indonésiens à jouer avec nous, c'est ça la liberté du projet, c'est très humain.
Contre vents et marées, la vague zen des Chinese Man persiste. Après l'Allemagne, les hommes chinois vont écumer la Colombie, le Brésil, l'Espagne, l'Afrique du Sud, la Réunion et même l'Indonésie... puis la France avec des dates dans de gros festivals comme les Francofolies de La Rochelle.
Mais après cette tournée chargée, les DJ veulent ranger leurs platines pour se consacrer pleinement à leur label et cocooner un groupe qu'ils affectionnent (où collabore MC Taiwan) particulièrement : Deluxe. « L'idée c’est de se nourrir de ces six prochains mois, le fait de pouvoir voyager, de faire des rencontres, de récupérer des images, du son, pour la suite », explique Zé Mateo, « Il y a une grande partie du projet qu'on ne maîtrise pas. En fait on maîtrise juste notre liberté artistique ».
Ne pas calculer, laisser venir l'inspiration du bon son, et surtout rester indépendant artistiquement pour mieux se renouveler, semble être la marque de fabrique du collectif Chinese Man.
Après le succès du dernier opus, les sbires des Chinese Man remettent le couvert avec un remix intégral : «Racing with the sun », devient « Remix with the sun »
Réminiscence de musiques du monde en plein milieu d'un son groovy, rythmé par des trompettes indiennes ou des synthétiseurs feutrés, l'album « Racing with the sun » excite la curiosité des tympans. Preuve d'une recette éprouvée et fluide, le crew convie des anciens comme Le Yan ou des invités tel Femi Kuti à se mettre à table pour un album remix.
«Remix with the sun» est dès à présent disponible sur la boutique du site Chinese Man records avant sa sortie officielle le 30 janvier 2012.