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 Les deux "taureaux" de Francfort et de New York resteront adversaires
crédits photo:Bentley Smith & Robin Stevens
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L’Union Européenne a finalement décidé, le 1er février 2012, de bloquer le projet de fusion entre Deutsche Börse et NYSE (New York Stock Exchange) Euronext.

Une initiative avortée, qui aurait pu déboucher sur la création du plus gros opérateur boursier à l’échelle internationale. Les deux groupes possèdent en effet les deux plus grands marchés à terme mondiaux. Eurex, pour Deutsche Börse, et Liffe, pour NYSE, représentent à eux deux 90% du marché mondial des produits dérivés européens. Trop dangereux pour la Commission européenne, qui y voit une menace « considérable » pour la concurrence.

Est également pointé du doigt par Bruxelles le poids de ces deux acteurs dans le règlement-livraison au niveau de la chambre de compensation. Le commissaire européen à la Concurrence, Joaquin Almunia, s’inquiète ainsi de l’émergence d’un « quasi-monopole », et insiste : « Ces marchés sont au cœur du système financier et il est essentiel qu'ils restent concurrentiels dans l'intérêt de l'ensemble de l'économie européenne ».

Des désaccords de fond

Une thèse soutenue depuis octobre 2011 par les commissaires, que n’ont pas cessé de critiquer les représentants des deux groupes boursiers. Selon eux, le risque du monopole ne tient pas, au vu de l’importance considérable des transactions dites « de gré à gré », c'est-à-dire réalisées hors des plates formes d’échanges, directement entre le vendeur et l’acheteur. Mais rien n’y a fait.


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 La crainte des monopoles: lever de boucliers anti-trusts
Crédits: Klearchos
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C’est avec un accent suisse-allemand à trancher au couteau, que Reto Francioni, directeur de Deutsche Börse, dénonce une décision européenne « fondée sur une définition étroite et irréaliste du marché ». C’est sur le même ton qu’il avait, quelques mois plus tôt, rejeté avec son homologue américain les exigences de Bruxelles : la vente d’Eurex ou de Liffe. Une concession qui aurait, selon les opérateurs, vidé de son sens la fusion elle-même.


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 LIFFE, une institution britannique détenue par la bourse de New York
Crédits: Christine Matthews
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La multiplication des projets de fusion, source de réticences diverses

C’est maintenant la quatrième fois en un an qu’un projet de fusion de ce genre échoue : en mai 2011, Nasdaq OMX et Intercontinental Exchange s’était ainsi heurté à la division anti-trust du Département de la Justice des Etats-Unis, dans leur tentative de rachat de NYSE, tandis que le gouvernement australien bloquait le rachat par Singapore Exchange de l’opérateur boursier australien ASX. Un mois plus tard, les actionnaires bloquaient un projet de fusion entre le Canadien TMX Group (basé à Toronto) et London Stock Exchange (la Bourse de Londres). C’est donc sans surprise que Deutsche Börse et Nyse ont appris la nouvelle, et se sont empressés de rassurer les actionnaires sur leurs capacités à fonctionner de manière « indépendante ».

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 Nasdaq, moins fort que le Département de la Justice américaine
Crédits: Camillo Miller
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 NYSE: déjà deux échecs de fusion au compteur
Crédits: Sun Peng
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Si quelques voix s’élèvent encore pour s’inquiéter de la compétition des bourses asiatiques, peut-être moins rétives en matière de législation anti-trust, les réactions optimistes se multiplient. Le Président de la Chambre de commerce et de l’industrie de Francfort, Mathias Müller, rappelle ainsi que sa ville reste le principal centre financier d’Europe continentale. Des opposants à la fusion, comme Ulrich Caspar (CDU) ou Kai Klose (Die Grüne) rappellent leurs anciennes inquiétudes quant à une « prise de contrôle » ou une « domination » américaine. Une crainte qui peut s’expliquer en partie par le rôle joué par les opérateurs boursiers dans le financement des entreprises nationales. Une préoccupation qui, bien évidemment, n'a pas compté parmi celles de Bruxelles, et qui n'enterre pas le concept de fusion d'opérateurs.
Yann Samain
Le 03/02/12
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Article de fond, très intéressant, merci pour cet éclairage enrichissant. :)