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Cela fait maintenant deux ans que la grande coalition entre Chrétiens-démocrates et Socialistes dirige le destin des Allemands. Le départ d´un des piliers de cette alliance, le Vice-chancelier Franz Müntefering et l´approche de nouvelles échéances électorales provoquent des dissensions sur les thèmes sociaux.

 

Etre membre de la grande coalition est un exercice d´équilibriste. Collaborer avec l´autre parti tout en servant les intérêts du sien un travail d´équilibriste. Il faut avancer sur le fil des réformes sans tomber d´un côté dans l´opposition systématique ou de l´autre dans le consentement automatique.

 

Fatigué de ces acrobaties, le ministre du Travail Franz Müntefering (SPD) a démissionné le 13 novembre dernier. Frank-Walter Steinmeier, le populaire ministre des Affaires étrangères, lui a succédé à la vice-chancelerie.

Avec le départ de Müntefering, la Grande coalition a perdu un de ses plus chauds partisans. La chancelière Angela Merkel collabore maintenant avec Steinmeier qui, contrairement à l’ancien vice-chancelier, ne se gène pas pour critiquer sa politique, notamment sa diplomatie.

 

Müntefering a certes invoqué des raisons personnelles à son départ. Mais c´est aussi par désaccord avec la ligne politique choisie par son parti en novembre qu’il démissionne. L’ancien Ministre du Travail incarnait en effet un SPD centriste et entrait en opposition avec la ligne majoritaire qui s’est exprimée lors du dernier congrès du parti. Les Socialistes, sous la houlette de leur président Kurt Beck, ont choisi de fait de se désolidariser de l’Agenda 2010. Ces mesures prises par Schröder alors qu’il était Chancelier sont jugées aujourd’hui trop libérales par ses anciens lieutenants.

 

Merkel veut occuper le centre

 

La chancelière veut profiter de ce repositionnement. « Die Mitte »* : c’est la formule inscrite en orange sur les pupitres du congrès de la CDU, début décembre. Angela Merkel affiche son ambition : occuper le centre, laissé vacant par le SPD.

 

Après avoir laissé faire sur la question du salaire minimum pour les postiers, elle laisse la porte ouverte à une telle réforme dans d’autres branches. Elle a aussi, dans son discours, commenté la polémique sur le salaire de certains grands patrons, qui « enterrent la confiance dans l’équilibre social [du] pays ».

 

La présidente de la CDU a tout de même donné quelques gages à l’aile libérale de son parti en réclamant dans le texte publié à l’issue du dernier congrès un abaissement et une simplification de l’impôt sur le revenu.

En commentaire, le nouveau ministre du Travail Olaf Scholz déclarait le 9 décembre : « La CDU n’est pas le centre, elle aimerait bien l’être ».

 

Une alliance de raison

 

Désunion dans l’alliance, donc. Mais aucun des deux partis de la grande coalition ne parlent d’élection partielle. Aucun n’y aurait intérêt. Pour le SPD, la chose est claire. Un sondage commandé par la chaîne allemande ZDF lui accorde 30% d’intention de vote, alors que les « noirs » de la CDU obtiennent un score de 41% d’intention de vote si l’élection avait eu lieu début décembre. Ce résultat ne donnerait pas de majorité au parti de Madame Merkel et une alliance avec le SPD resterait la seule solution pour gouverner le pays.

 

Les prochaines échéances électorales en Hesse et en Basse-Saxe ne sont pas pour rien dans ces mouvements au sein de la coalition. L’élection pour la chancellerie qui se profile en 2009 non plus. Les thèmes sociaux, pierre d’achoppement entre CDU et SDP, seront certainement au cœur des débats pendant la campagne.


D’ici là, les funambules de la grande coalition, à la fois partenaire de gouvernement et adversaire politique, restent plus que jamais sur le fil.

 

Julien Duriez

 

*« Le centre »








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