

Partitissima en vue dans la capitale entre le FC Union Berlin et le FC St. Pauli, le 10 mars prochain. Un match très attendu, pas vraiment pour son enjeu sportif avec deux équipes qui végètent dans le ventre mou de la troisième division. Mais pour l’enthousiasme historique que suscitent ces deux équipes cultes.
St. Pauli, la libertaire.
« L’Union, c’était un peu notre St. Pauli à nous du temps de la RDA ». Titus, né en Allemagne de l’Est, mordu de foot et quasi-historien du ballon rond berlinois, plante le décor de cette rencontre[1] entre l’une des équipes phares de l’époque communiste et le FC St. Pauli. Et oui, l’équipe culte de Hambourg, symbole d’une gauche libertaire, avait aussi ses fans de l’autre côté du rideau de fer.
Les idéaux de mai 68 avaient trouvé dans la ville portuaire une terre d’asile, au milieu d’une Allemagne obnubilée par son économie conquérante et le Wirtschaftswunder. La preuve la plus visible en était la multiplication des squats portés par la « Hausbesetzer Bewegung » qui prend ses quartiers dans la ville hanséatique au cours des seventies. Hambourg attire à cette époque des hordes d’étudiants, de punks et d’artistes en tous genres. Un mouvement qui s’est logiquement cherché une plate-forme d’expression. Et quoi de mieux que le football? C’est ainsi que St. Pauli s’est octroyé le statut de premier club de foot, de son organigramme aux tribunes, explicitement à gauche et de symbole fédérateur pour la scène alternative.
A l’Est, du nouveau ?
A la fin des années 70, pendant que St. Pauli organise des actions de solidarité en faveur des mouvements révolutionnaires en Amérique du Sud, le Dynamo Berlin truste tous les titres en RDA. Club officiel de la Stasi, le Dynamo s’accapare les meilleurs joueurs et est chouchouté par le régime. Ce qui n’a pas vraiment le don d’exciter les foules du côté de l’autre équipe de Berlin-Est, le FC Union. Une équipe aux moyens limités soutenus traditionnellement par les ouvriers du quartier industriel de Schöneweide. Les joueurs portent encore aujourd’hui un maillot aux couleurs du bleu de travail de leurs premiers supporters. Cette rivalité exacerbée entre les deux clubs de la capitale est-allemande donne naissance à une lutte des classes teintée de ballon rond dans l’enceinte de l’Union, le « Stadion an der alten Försterei ». C’est dans ce stade que se forge la légende du FC Union au début des années 80. Les fans y viennent autant pour soutenir leur équipe que pour exprimer leur mépris à l’encontre du club favorisé et estampillé Stasi. Un mépris qui n’est rien d’autre qu’un rejet de la dictature d’Erich Honecker, secrétaire général du parti communiste, la SED. Cet élan ne dépassera pourtant pas le contexte est-berlinois.
L’immense popularité – toujours actuelle - de St. Pauli doit beaucoup à sa politisation claire et affichée fièrement. Les slogans contre la RDA lancés par les Unioner pendant les matchs ont certes alimenté l’idée romantique, dans les rangs des St Paulianer, d’un îlot contestataire derrière le mur. Un football frêre qui s’érigerait contre le système. Mais difficile d’être romantique dans la grisaille d’une dictature communiste et cette résistance n’est jamais vraiment sortie des murs du stade. Qu’à cela ne tienne, les Unioner entretiennent volontiers ce mythe qui a fait de leur FC une équipe culte et créé une filiation directe avec le club de Hambourg. Une histoire et des petites histoires qui font d’une rencontre entre le FC Union et le FC St. Pauli un match pas comme les autres.
Julien Mechaussie
[1] Berlin, au stade an der alten Försterei
>> Après eux, le déluge