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Deux expositions, un seul thème. Dans le centre historique de Berlin, le Kronprinzenpalais et le Deutsches historisches Museum reviennent sur le destin des expulsés allemands d’après la seconde guerre mondiale. Un sujet hautement polémique

 

« Contre 60 ans d’occupation polonaise de la ville libre de Danzig ! » Pour lire la pancarte du sexagénaire, il fallait en contourner d’autres : « Heureusement que vous passez bientôt l’arme à gauche ! Les révisionnistes ne seront pas pleurés. » Telle était la teneur des manifestations qui ont accompagné, mi-août, l’ouverture de l’exposition « Chemins forcés » (« Erzwungene Wege »), organisée par la Fédération des associations d’expulsés (« Bund der Vertriebenen » ou « BdV ») au Kronprinzenpalais. Censée revenir sur les expulsions au XXème siècle dans toute l’Europe, l’exposition met cependant l’accent sur le sort des Allemands déplacés à la fin de la Guerre. Les débats suscités à cette occasion révèlent les difficultés de l’Allemagne à évoquer le destin des quelque 12 à 15 millions d’Allemands expulsés de l’Est de l’Europe en 1945 et dont 1,4 million sont morts dans l’exode

 

 

Fuite, déplacement, intégration…

 

Le thème reste peu discuté outre-Rhin. Il y a bien les compensations versées aux déplacés allemands ainsi que les revendications du BdV pour la reconnaissance de leurs souffrances, mais aucun véritable travail de mémoire n’a encore été réalisé, laissant entre autres le champ libre à des folklores revanchistes. Contestant la légitimité des Allemands à traiter seuls la question de ces déplacements issus de la défaite du régime nazi, la coalition rouge vert avait favorisé une approche européenne, prenant en compte les points de vue des pays de l’Est concernés.
Le projet d’un centre de commémoration est toujours en discussion mais, comme pour éviter toute dérive sur le sujet, une autre exposition a vu le jour au Deutsches Historisches Museum, à Berlin, et continue son chemin vers Leipzig où les visiteurs du Zeitgeschichtliches Forum pourront la découvrir en novembre. Bien qu’elle ne traite que succinctement des motifs des déplacements et du sort des déplacés en RDA, c’est pourtant bien elle qui vaut le détour pour comprendre ce que les expulsés ont vécu : « fuite, déplacement, intégration » («Wahl-o-mat-Flucht, Vertreibung, Integration »).

 

 

Entre maladresse et nostalgie

 

A quelques pas, au Kronprinzenpalais, l’exposition de la fédération des associations d’expulsés déconcerte plus qu’elle n’instruit. Peut-on vraiment juxtaposer le sort des Arméniens à celui des Grecs chassés d’Asie mineure, celui des Juifs avant le génocide nazi à celui des Allemands, déplacés suite à la défaite du national socialisme ? D’autant que l’exposition devient vite monochrome : il n’y est bientôt plus question que des déplacés allemands, elle se clôt par « la question du droit ou non au retour ». Découpage maladroit de l’histoire ou relents nostalgiques ?
On sort de l’exposition un brin songeur, surtout si on s’attarde devant le shop du BdV : on y trouve des livres comme « Heimatrecht ist Menschenrecht » (Le droit à la patrie est un droit de l’homme) « Die Rache der Opfer » (La revanche des victimes - témoignages d’Allemands dans les camps polonais de 44 à 50).

 

CHARLOTTE NOBLET








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