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 Horst Köhler, Président de la République fédérale d'Allemagne jusqu'à sa démission le 31 mai 2010.
Crédits : Marc Darchinger/ Bertelsmann Stiftung
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Au sein de la République fédérale, la « Teenie-Affäre » n’est pas le premier scandale qui éclabousse un politique. Bien au contraire, c’est l’occasion de constater le nombre stupéfiant de démissions que compte le paysage politique allemand depuis 2010. Ce ne sont pas moins de huit personnages de la vie publique qui ont quitté tout ou partie de leurs fonctions officielles en un an.

Une démission déroutante de la plus éminente personnalité allemande
La première démission et sans doute la plus marquante reste celle d'Horst Köhler (CDU), alors Président de la République Fédérale, titre certes bien plus honorifique que politique mais porteur d’un sens moral pour la société allemande. Lors d'une interview réalisée le 22 mai 2010 dans l'avion qui le ramenait d'une visite en Afghanistan, celui-ci a déclaré qu’un engagement militaire pouvait aussi « protéger nos intérêts », notamment des intérêts commerciaux. Or la relation qu’entretient la nation allemande avec son armée est plus sensible que partout ailleurs, principalement du fait de l’histoire. Vivement critiqué dans les jours suivant l’interview, Horst Köhler a subitement convoqué la presse et annoncé le 31 mai son retrait immédiat de la Présidence.
Cette déclaration a essentiellement suscité l’incompréhension et a surtout posé l’interrogation suivante : dans quelle mesure un homme qui a la charge d’une telle fonction peut-il, aussi brutalement, décider de quitter son poste, par vexation ou parce qu’il en a assez ? Si l’intéressé s’est justifié par le fait qu’on avait, au travers des critiques, manqué de respect à sa fonction, cette décision de quitter la présidence ne représente-t-elle pas finalement le plus grand mépris envers celle-ci et, ainsi, envers l’ensemble des citoyens qu’il représente ?

Quand les barons locaux décident de changer d'air...
Deux mois après le choc de la démission du Président de la République fédérale, deux autres hommes forts de la scène politique régionale ont annoncé le départ de leur fonction. C’est un autre chrétien-démocrate Roland Koch, 52 ans, Ministre-Président de Hesse, qui défraye la chronique. Un an après avoir été réélu à la tête du Land, M. Koch fait part de sa volonté de quitter ses fonctions dès le 31 août 2010. Ce dernier motive sa décision par la volonté « d’œuvrer dans le secteur économique », sans compter que la « politique n’est pas la seule chose dans la vie ». Sa reconversion semble être réussie : aujourd’hui, il est à la tête de Bilfinger Berger, huitième entreprise de BTP en Europe, dont le chiffre d'affaires annuel s'élève à plus de 8 milliards d'euros.

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 L'ancien maire de Hambourg Ole von Beust
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De façon relativement similaire quoique plus mystérieuse, Ole von Beust, 55 ans, maire de la ville-État Hambourg (ce qui fait de lui l’équivalent d’un Ministre-Président), annonce également son retrait de la vie politique au soir d’une consultation locale sur la réforme du système scolaire, sans même attendre les résultats du suffrage. Les raisons de son départ sont floues. Pour lui non plus, la politique n’est pas l’affaire d’une vie. Il laisse derrière lui une métropole souffrante, très endettée, et dont certains projets se sont transformés en véritable fardeau ces dernières années. C’est le cas de l’Elbphilarmonie, le futur opéra dessiné par les architectes suisses Herzog & de Meuron. Ce chantier pharaonique situé sur l'Elbe n’en finit pas de faire exploser les finances de la cité portuaire. Un bilan en demi-teinte donc.
Pour ces deux hommes, est-ce une fuite ? On peut noter un changement de mentalité quant à la perception de la fonction politique, avant tout considérée comme un métier davantage qu’une vocation. La relation personnelle au pouvoir est plus libérée et l’on n’hésite pas à en changer. Mais là encore, la responsabilité qu’implique de telles fonctions, aussi pesante soit-elle, est une responsabilité face aux citoyens. Ces démissions se sont produites alors que ces hommes étaient titulaires d’un mandat, élus par le peuple. N’est-ce pas, comme dans le cas de M. Köhler, un manque de respect envers ces citoyens ? Alors que l’on critique souvent les politiciens qui restent trop accrochés au pouvoir, l’inverse soulève également quelques questions. Remarquons toutefois que la vie politique allemande bascule plutôt en faveur de la deuxième tendance.

Scandales et démissions à répétition en Brandebourg
La vie politique régionale est décidément bien mouvementée. Le 23 septembre 2010, Rainer Speer (SPD), 51 ans, Ministre de l’Intérieur du gouvernement de Brandebourg annonce sa démission après la révélation de deux affaires successives. Suite au vol de son ordinateur portable personnel, des informations sont diffusées dans la presse. M. Speer, après avoir déploré l’instrumentalisation de sa vie privée, se défend alors d’accusations de fraude vis-à-vis des services sociaux. Il aurait favorisé la titularisation d’une collaboratrice avec qui il a eu un enfant, en échange de la non reconnaissance de ce dernier. Ainsi, cette collaboratrice toucherait les aides sociales sans que M. Speer ne paye de pension. Par ailleurs, un autre scandale éclate après que le social-démocrate a vendu un terrain appartenant au Land 20 millions en-dessous du prix du marché. L’acheteur, un ami de M. Speer, aurait ainsi été favorisé, déchaînant les soupçons de corruption en Brandebourg.

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 En rouge sur la carte, le Land de Brandebourg
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Quatre mois plus tard, c’est un camarade de Rainer Speer qui fait la une. Holger Rupprecht (SPD), Ministre de l’Enseignement, de la Jeunesse et des Sports du gouvernement de Brandebourg convoque à son tour la presse et annonce le 27 janvier 2011 son départ du ministère. Cette décision fait suite à l’ouverture par le parquet d’une enquête pour trafic d’influence et corruption. On reproche à M. Rupprecht d'avoir emprunté sans frais aucun un véhicule tout-terrain auprès d’une concession du constructeur bavarois BMW pour ses vacances. D'après l’hebdomadaire Der Spiegel, l’écho de ce geste provoque la colère de l’opposition selon laquelle le maintien au poste de ministre d’un homme sous le coup d’une enquête ouverte par le parquet n’est politiquement pas tenable.
Ces deux affaires brandebourgeoises font coup sur coup vaciller la déjà fragile coalition rouge-rouge entre le SPD et Die Linke. Mais l’enseignement que l’on peut tirer de ces deux scandales reste la puissance de feu que possèdent média et opposition dans le cadre de ce genre d’affaires. Dans les deux cas, les membres du gouvernement ont démissionné avant que la moindre décision de justice ne soit rendue. On remarque une fois encore la force de l’orthodoxie morale qui règne sur les affaires publiques en Allemagne.

Le plagiat, nouveau motif de démission à la mode en Allemagne
L’affaire Guttenberg est d’une toute autre envergure. Le suspect de l’affaire n’est autre que le fameux et adulé Ministre de la Défense Karl-Theodor zu Guttenberg[1] (CSU), politicien modèle et grand espoir du camp conservateur pour les années à venir. Il se veut le successeur du patriarche des sociaux-chrétiens bavarois Franz Joseph Strauß. A la mi-février 2011, la presse allemande se fait l’écho d’un possible plagiat au sein de la thèse de doctorat du Ministre de la Défense. La sphère médiatique et surtout la bulle digitale s'emballent, de nombreux internautes analysent sous tous les angles le texte du doctorat intitulé « Constitution et Traité constitutionnel ». Au final, près de 63% du texte sont purement et simplement plagiés. Si cette affaire s’avère être une fraude et surtout un bafouement de la propriété intellectuelle, elle a un goût particulièrement amer en Allemagne où la course au grade de « Doktor » est un véritable sport national, touchant à la notion de légitimité sociale.

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 Karl-Theodor zu Guttenberg dans l'une de ses sorties médiatiques en tant que Ministre de la Défense
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La chute est à la hauteur de l’admiration que l’on portait pour le jeune Bavarois : deux semaines plus tard et après plusieurs déclarations cafouilleuses, le ministre convoque la presse et annonce sa démission immédiate ainsi que son retrait de la vie politique. Encore une fois, c’est l’homme politique qui a fini par céder, l’opinion publique a eu raison du chouchou des conservateurs.

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 Silvana Koch-Mehrin s'est vu retirer son titre de docteur par l'Université d'Heidelberg
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A la suite de cette affaire, plusieurs internautes se sont regroupés pour examiner en détail les thèses écrites par les hommes politiques du pays. Cette battue en bonne et due forme devait mener à la prochaine victime, la libérale Silvana Koch-Mehrin (FDP), 41 ans. A la mi-juin 2011, l’Université d’Heidelberg annonce le retrait de son titre de docteur pour cause de plagiat. Mais l’intéressée n’a pas attendu cette date pour quitter la plupart de ses fonctions politiques. Dès le 11 mai, elle fait part dans un communiqué de sa volonté de ne vouloir conserver que son siège de députée européenne. Pour le reste, elle ne prendra plus part aux décisions du parti, ni à la vice-présidence du Parlement européen.
Voici donc deux autres cas de démissions éclatantes au sein de la République fédérale. Cette fois-ci, c’est l’une des fiertés et spécificités de la société allemande qui a été éclaboussée par ces affaires de plagiat : le titre de docteur. En effet, celui-ci est une réelle clé pour la vie professionnelle, permettant d’obtenir quasi automatiquement un meilleur salaire, ainsi qu’une véritable promotion sociale. Pour preuve, le titre figure sur tous les documents officiels et administratifs comme la carte d’identité ou le passeport. Autant dire que la fraude quant à l’obtention de ce grade universitaire est perçue comme une violation profonde de l’ordre hiérarchique et de la méritocratie intellectuelle en Allemagne. La seule solution : la démission, la repentance publique accompagnée d’un exil. Si Silvana Koch-Mehrin s’est retranchée à Bruxelles, M. zu Guttenberg s'est réfugié aux États-Unis.

La pression qu’exerce l’ensemble de la société sur ses hommes et femmes politiques est forte. En près d’un an, elle a fait des dégâts. Il est clair que l’Allemagne suit ici son « Sonderweg », rien à voir en tout cas avec la scène et les mœurs politiques françaises. La démocratie s’en sort-elle renforcée ? Le devoir d’exemplarité en politique n’a sans doute jamais été aussi fort à l’heure de la médiatisation à outrance. Attention toutefois à ne pas confondre exemplarité et mise au pilori rapide pour de basses raisons politiciennes. La dernière victime en date, Christian von Boetticher, pourrait en être la preuve.
Alban Genty
16.08.2011
Voir aussi à propos de Christian von Boetticher : "La (très) jeune fille fait chuter le candidat"
[1] De son vrai nom « Karl Theodor Maria Nikolaus Johann Jakob Philipp Franz Joseph Sylvester Freiherr von und zu Guttenberg »
Pour aller plus loin :
- A propos de la démission d'Horst Köhler : "Démission du Président allemand Horst Köhler" et aussi "Verbatim : La déclaration de démission de Horst Köhler"
- A propos de la démission de Roland Koch : "Mais qui es-tu, Roland Koch ?"
- A propos de la démission d'Ole von Beust : "Elections locales : l'Allemagne perd le Nord ?"
- Récit de l'affaire zu Guttenberg : "La chute brutale d'un baron très apprécié" et aussi "Le discours de démission traduit"
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si les Allemands voulait bien refiler le virus de la démissonnite aux hommes politiques français...ce serait pas mal