

Ecrivain engagé, militant indépendantiste et co-fondateur du Front antillo-guyanais, proche des milieux intellectuels algériens, Edouard Glissant est né en 192 en Martinique. Après des études de philosophie et d’ethnologie à Paris, le prix renaudot en 195 fait découvrir son oeuvre au grand public. Précurseur de la théorie culturelle post-coloniale, il sera prononcera le discours d’ouverture de l’internationales Literaturfestival, le 5 septembre dans la Haus der Berliner Festspiele.
D’après vous, la créolisation pourrait être une sorte d’alternative heureuse à la mondialisation. En quoi consistet-elle ?
La créolisation est un métissage des cultures, mais dont on ne peut prévoir les résultats. Ça me parait qualifier la marche actuelle du monde. Le monde est imprévisible, les rapports entre les cultures le sont également, et il faut essayer d’accommoder nos manières de penser à cette vision de l’inattendu.
Votre oeuvre est parcourue de termes qui vous sont propres comme « Toutmonde », « chaos-monde », « l’ici-là » et « l’ici-dans »… Un vrai dictionnaire Glissantien. Vous sentez-vous à l’étroit dans la langue française ?
C’est la langue française qui est à l’étroit dans moi (rire). Qu’on soit artiste, écrivain, penseur ou simple locuteur, il n’est plus possible d’utiliser sa langue de manière monolingue. Ce multilinguisme conduit à une multiplication des créations linguistiques dont nous n’avons pas idée au moment où nous commençons à parler. C’est un enrichissement.
Vous pratiquez une multiplicité de styles et de tonalités (poésie, roman, essai, théâtre).
Oui. L’art et la littérature doivent dépasser l’ancienne catégorisation des genres. Toute simplicité est un gage d’erreur et de fixation. Il y a des genres qui vont apparaitre dont nous ne soupçonnons pas l’existence et qui déboucheront sur des formes où la parole, la musique, le son, l’image et la forme seront liés. Je pense que quand on dit « roman poétique » ou « poème qui est un récit », on veut simplement dire un genre nouveau qu’on n’ose pas nommer.
Votre avant-dernier roman s’appelait « Sartorius : le roman des Batoutos ». Y a-t-il un rapport avec Joachim Sartorius, l’intendant des Berliner Festspiele ?
Tout à fait, j’ai écrit une trilogie dont je suis en train de terminer le troisième volet consacrée aux Batoutos, peuple invisible qui a décidé de l’être pour enseigner la modestie et l’acceptation de l’autre. Pour les titres, je me suis inspiré du nom de trois de mes amis, Sartorius, Ormerod et le 3ème s’appellera Apocal - qui vient aussi d’Apocalypse. Je voulais montrer que l’histoire des peuples peut passer par l’évocation des individus. En ce qui concerne Sartorius, je suis très heureux car dans ce roman, je raconte l’histoire de Batoutos qui sont passés par l’Allemagne justement.
Quels sont vos prochains projets ?
Je termine l’écriture d’Apocal. Mon essai, Une nouvelle région du monde, sort en septembre chez Gallimard. Cette région, je l’appelle le Tout-monde. Il s’agit d’un lieu qu’il est impératif de découvrir tous ensemble, anciens découvreurs et anciens découverts, anciens colonisateurs et anciens colonisés, anciens oppresseurs, et anciens opprimés. J’y développe le thème de l’inextricable du monde, l’insoutenable enchevêtrement des visions et des représentations. C’est un traité d’esthétique.
Propos recueillis par Céline Robinet
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Jean-Claude Lebrun, Literaturkritiker : « La « Francophonie » selon Patrick Chamoiseau »
Vortrag in französischer Sprache / Conférence en français
Donnerstag, 24. April 2008, 19.00 Uhr
Institut français de Hambourg, Heimhuder Straße 55, Eintritt frei
La francophonie, politique et littéraire, est aujourd'hui plus que jamais en débat. Cette notion, inventée dès 1880 par le géographe Onésime Reclus, n'a véritablement pris corps que près d'un siècle plus tard, en 1962. Elle n'a depuis lors cessé de nourrir les controverses.
Parmi les acteurs majeurs de la francophonie littéraire, le Martiniquais Patrick Chamoiseau tient une position singulière. Il se revendique écrivain francophone, contre la menace grandissante d'unilatéralisme linguistique, culturel et politique. Mais partisan d'une « littérature-monde » à la hauteur des enjeux mondialisés contemporains. Ses romans et ses récits portent témoignage de cette position complexe à définir.
Mais c'est peut-être dans sa langue d'écriture que Patrick Chamoiseau affiche le plus clairement l'ambition de son projet. Il y retravaille le français et le créole, leur invente des clones, pour aboutir au « chamoisien ». Langage unique. Langue d'une seule personne qui postule à l'universalité du « tout-monde » alors même que sa traduction pose de redoutables problèmes.
Parce que la contradiction se trouve au cœur de cette œuvre ?
Am Beispiel des Kreolen Patrick Chamoiseau beleuchtet Jean-Claude Lebrun die Frage, wie sich ein « frankophoner » Schriftsteller der französischen Sprache in seinen Werken "bedient", um dann zu einer eigenen Sprache, dem Chamoiseau, zu finden.