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La ministre de la Famille veut offrir aux Allemandes la possibilité de concilier travail et famille en multipliant par trois le nombre de crèches d'ici 2013. Elle dépoussière les valeurs de la CDU.

 

 

Lanterne rouge en matière de natalité avec un taux de natalité de 1,3, les Allemands reconnaissent que leur pays est « kinderunfreundlich », c’est-à-dire peu favorable aux enfants. Les plus petits sont souvent considérés comme des éléments perturbateurs. Certains n'hésitent pas à porter plainte contre des crèches à cause des cris dans la cour. « Des enfants qui jouent sont considérés comme une nuisance sonore. On voit bien l'état d'esprit qui se répand », regrette la chancelière. Angela Merkel veut changer les mentalités, offrir une plus grande liberté de choix dans l'éducation des enfants et convaincre ainsi ses concitoyens de procréer davantage.

 

La ministre allemande de la Famille veut aussi relancer la natalité et propose pour cela un programme très ambitieux. Ursula von der Leyen a pour objectif de multiplier le nombre de places de crèche par trois d'ici 2013. 35% des enfants de moins de 3 ans devront bénéficier d'une place contre seulement 12% aujourd'hui. Cette politique doit offrir aux femmes la possibilité de poursuivre une carrière professionnelle en conciliant travail et famille.

 

Si en Allemagne les moyens consacrés à l'aide familiale ne manquent pas (plus de 180 milliards d'euros par an), il est toujours difficile de trouver une crèche. Quand la France met 43 places à disposition pour 100 enfants de moins de 3 ans, l'Allemagne n'en propose que 7 ! Dans certains Länder, comme la Basse-Saxe ou la Bavière, certains districts en sont entièrement dépourvus.

 

Le programme d'Ursula von der Leyen, femme active et mère de sept enfants, satisfait une grande partie de la classe politique. La gauche social-démocrate et même les post-communistes du Linkspartei.PDS la soutiennent. Gregor Gysi, président du groupe parlementaire, se réjouit de voir qu'elle applique un système qui existait déjà en RDA. Dans les « nouveaux Länder », les femmes ont d'ailleurs beaucoup plus de chances de trouver une crèche. A l'ouest, c'est une gageure.

 

Paradoxalement, les critiques les plus virulentes sont venues de son propre camp. Avec cette nouvelle proposition comme avec l’introduction d’un salaire parental  ou « Elterngeld », le 1er janvier dernier, certains conservateurs estiment qu'Ursula von der Leyen ruine les valeurs de la droite traditionnelle. L'Union chrétienne (CDU/CSU) a encore du mal à remettre en cause l'image idyllique de la femme au foyer au service du mari et des enfants. Les femmes qui choisissent de rester à la maison seront bientôt considérées comme des « mères indignes » (« Rabenmütter »), craint Ilse Falk, députée conservatrice et « femme au foyer ».

 

Depuis les attaques au vitriol de l'évêque catholique d'Augsbourg, Walter Mixa, le débat s'est même transformé en bataille idéologique. Le prélat, traité de « fondamentaliste » par la presse de gauche, a estimé qu'un Etat qui laissait les enfants grandir en dehors de la cellule famille réduisait la femme au rôle de « machine à procréer ». Cette déclaration a divisé les conservateurs.

 

Pour Ursula von der Leyen, qui se défend de vouloir pousser les femmes à travailler, les mentalités doivent encore évoluer. Confier l'éducation de son enfant à un tiers avant l'âge de 3 ans n'est pas encore une évidence en Allemagne. Selon un sondage publié par l'hebdomadaire « Der Spiegel », 31% des Allemands pensent d’ailleurs toujours que la crèche est « préjudiciable » à l'enfant.

 

 

Christophe Bourdoiseau

 

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