Première édition du Jour le plus Court mercredi 21 décembre à Paris, au cinéma La Clef et à la Bibliothèque Buffon
Le 21 décembre, c'est le jour le plus court de l'année... et du film ! Le cinéma La Clef à Paris organise en effet un festival de court-métrages à cette date. "Retour à Berlin", point de vue sur la mutation urbaine de Berlin à travers une correspondance amoureuse entre Paris et Berlin sera à l'affiche à 21h à La Clef.
"Retour à Berlin"
Nostalgique d'un Berlin qu'il n'a pas connu: celui de l'après-chute du Mur, Pierre court après la liberté rêvée de ces années. Ce qu'il voit comme une quête s'apparente certainement plutôt un refus de la réalité, trop décevante. Celle de la gentrification de Berlin. Charlotte est rentrée à Paris et refuse de retourner à Berlin. Contrairement à Pierre, elle semble avoir abandonné l'idée de retrouver la liberté de ses années passées dans la capitale allemande.
Renaud Drovin a parcouru Berlin pendant presque trois ans, caméra super 8 au poing, fixant sur la pellicule les transformations de la ville: le projet de rénovation d'East-Side Gallery ou encore d'Ostkreuz, la disparition progressive des terrains vagues au profit d'immeubles, tant de mutations que Pierre ne supporte pas. "Retour à Berlin" livre ainsi de belles images de la ville, ainsi qu'une élégante réflexion sur le sentiment de décalage avec son temps et la quête d'un âge d'or, la soif de liberté, et la progressive lassitude de l'amour à distance.
Marion Muracciole
Le 16.12.2011
Le jour le plus Court
Mercredi 21 décembre 2011, la première édition du Jour le plus Court propose aux curieux du grand écran une sélection de court-métrages.
Bibliothèque Buffon 15 bis rue Buffon, 75005 Paris. 5e étage, Salle de projection.
15h: Projection de quatre court-métrages:
- Acide Animé
- Vos Papiers
- Une pute et un poussin
- Lilas
Suivie d'un débat animé par Pascal Alex Vincent, spécialiste du court-métrage, enseignant au département Cinéma Audiovisuel.
Cinéma La Clef 34 rue Daubenton, 75005 Paris.
18h: Best-of des trois premières éditions du festival du Cinéma Lycéen Clap !
19h30: Court-métrages proposés par le festival Objectif Censier. + Carte blanche aux étudiants de la Sorbonne Nouvelle.
21h: Sélection de cour-métrages par l'équipe de la Clef.
- Five D'Igor Gotesman
- Love Birds de Brian Lye
- Retour à Berlin de Renaud Drovin
- La coccinelle et la souris de François Barbier
- Les larmes de la luciole D'Antoine Mocquet
Le réalisateur de Retour à Berlin, Renaud Drovin, nous raconte la ville, l'inspiration, et son sentiment d'avoir pu toucher l'histoire du doigt.
La Gazette: Votre parcours ?
Renaud Drovin: En 2006, je pars un an, m’installer à Berlin où j’étudie à l’Universität der Künste à Kleistpark. J’y approfondis ma connaissance du cinéma expérimental, découvre l’usage du super 8, le pratique beaucoup et participe à de nombreux projets ; les miens et ceux d’amis. A l'époque j'emmagasine pas mal de rushes et pas mal d'idées. Je tourne aussi en DV. J'écris des notes partout. Pour un éventuel film. Mais c'est le foutoir.
De 2008 à octobre 2011, je suis à l’Université Paris 8 de Saint Denis où j’essaye de donner forme à mon projet tout en travaillant à côté comme monteur pour des making-of ou des films institutionnels. Pendant longtemps, mon projet reste en chantier. Mon ambition est de faire un documentaire expérimental sur une histoire d'amour dans Berlin, la mienne. Je n'y arrive pas.
La Gazette: Qu'est-ce qui vous a donné envie d'aller à Berlin ?
Renaud Drovin: Mon amie de l'époque m'avait raconté une histoire qui me fascinait. C'était un simple récit où elle me disait comment elle avait fini par trouver le lieu d'une fête, où on l'avait invitée, dans le fin fond d'un Berlin paumé, en pleine nuit. Son passage par des hangars, des friches, les kilomètres parcourus... Pour arriver, enfin, dans un endroit ressemblant plus à la carlingue rouillée d'un bateau échoué plutôt qu'à autre chose. C'est ce qui m'a motivé à aller à Berlin.
La Gazette: Après avoir visionné votre court métrage, il paraît évident que vous avez un lien particulier avec l'Allemagne et Berlin, surtout. Que pensez-vous de cette ville? Qu'éveille-t-elle en vous?
Renaud Drovin: Une fois là-bas, tout ce qui était ancien m'hypnotisait. Le Mur, les ruines d'ancienne Fabrik derrière le ring bahn, vers Ostkreuz, l'ancien parc de loisir des années 10 vers Gleisdreieck, la voie de chemin de fer menant à l'ancien camp de concentration d'Oranienburg… pour moi, c'était fascinant de se trouver sur le sol de l'Histoire. Le Mur, par exemple, notamment à East Side Galery, qui était encore en friche à l'époque (avant l'O² World et l'aménagement du quai), était pour moi la chance de fouler un terrain qui n'avait pas bougé depuis la chute du Mur. Personne n'avait encore aménagé ce lieu pour "nous dire" ce qu'il fallait voir. Le fait qu'on y ait ensuite touché, pour moi, ça revenait à mettre l'Histoire en boîte, la vernir, l'exposer sous une vitrine et donc ça devenait l'Histoire racontée par autrui, une seconde main en quelque sorte.
En 2006, j'avais l'impression que l'Histoire était devant moi et me parlait sans couche intermédiaire. Parce que c'était en ruine justement. Une sorte de vieille carrière où on va jouer au cowboy quand on est gosse. Et là, comme ça, on se sent libre. A Berlin, en somme, je me sens comme un gosse avec un monde à découvrir. Comme si les ruines laissées par les aïeux étaient le nouveau monde. Puisque personne n'en veut, a priori, et bien on peut se dire qu'elles sont à nous. Quelque part ça crée des cases vides pour que le mot liberté puisse venir se loger dans nos têtes. Après, quand Bouygues arrive avec son béton et ses plans pour des bureaux d'affaires, c'est autre chose. Berlin, pour moi, c'est les ruines et les ruines c'est la liberté.
La Gazette: Ce court-métrage est donc fortement autobiographique ?
Renaud Drovin: L'idée de faire "Retour à Berlin" est venue de tout ça. C'est un long projet. Comme je n'arrivais pas à faire mon documentaire sur une histoire d'amour humaine, j'ai entrepris de sonder ma nostalgie pour une époque que je n'avais pas vécue. Celle surtout des années 1990. C'est peut-être un film sur mon histoire d'amour avec Berlin en fait. C'est Romain Gary je crois, qui disait qu'il n'y avait pas d'amour sans imagination, parce qu'il fallait d'abord s'être imaginé l'autre, l'avoir inventé pour pouvoir ensuite le trouver et l'aimer. J'ai l'impression d'avoir tellement imaginé Berlin, de lui avoir inventé tant d'histoires, qu'elle est devenue l'être aimé.