

De Gaulle-Adenauer, Giscard-Schmidt, Mitterrand-Kohl : la symbolique des couples franco-allemands d’après-guerre cède aujourd’hui la place aux mariages d’intérêts. Chirac-Schröder, Chirac-Merkel. Les baise-mains en public ne laissent pas dupes. Tel le vassal rendant hommage à son seigneur, Chirac laisse la « dame de fer » porter la culotte. De quoi sauver la mise ?
Alors que Chirac s’apprête à raccrocher ses gants de boxe à l’approche des présidentielles, Merkel, qui se faisait il y a un an encore surnommer « la petite fille de Kohl », est aujourd’hui la femme la plus puissante qu’il y ait jamais eu en Allemagne. Présidente de l’Union chrétienne-démocrate (CDU), et première femme à occuper le poste de Chancelier, Angela Merkel s’apprête maintenant à présider le Conseil de l’Union européenne et à accueillir le G8.
Avec le temps le partenaire change
En 1945, la France et l’Allemagne de l’ouest n’étaient pas seulement de taille comparable. Elles étaient également dans le même bloc, celui de l’ouest, et préparaient conjointement leur sortie de guerre, l’une ayant été vaincue en 1940, l’autre en 1945.
Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts. La chute du Mur, en 1989, a fait de l’Allemagne une puissance démographique et économique.
Et avec le temps, l’Allemagne fait à nouveau part de ses volontés sur la scène internationale, allant même jusqu’à penser l’Europe en fonction de ses intérêts propres.
Un couple qui se replie sur soi
Et le couple franco-allemand n’est pas uniquement fragilisé par l’asymétrie de sa relation en interne. Il est aussi confronté à un changement des paramètres extérieurs comme par exemple les élargissements successifs qui relativisent son poids dans l'Union européenne (UE).
Comme pour se consolider face à cette crise latente, les dirigeants d’alors, Chirac et Schröder, ont refermé le couple sur lui-même et multiplié les maladresses. Avec leur initiative sur l’Irak, ils ont exacerbé la peur du « directoire franco-allemand » que pouvaient ressentir les autres Etats-membres européens. Et lorsqu’en 2003, la France et l'Allemagne ont unilatéralement décidé de s'affranchir du Pacte de stabilité, cette méfiance atteignit son paroxysme. Invivable.
Les amants de Merkel
Angela Merkel a donc posé ses conditions : je reste si la relation n’est ni « exclusive », ni « dirigée contre les autres », annonçait-elle déjà avant d’entrer en fonction. « Angela Merkel ne veut pas de la politique étrangère menée par Chirac et Schröder reposant sur l’aversion aux USA », explique Karl-Heinz Kamp, coordinateur du programme Politique de sécurité de la Fondation Konrad Adenauer (Think Tank de la CDU). « Transatlantikerin » avertie, la Chancelière a toujours fait part de sa volonté de relancer les relations transatlantiques. Déjà en 2003 elle soutenait l’intervention américaine en Irak. « Angela Merkel ne remet pas en cause le rôle des USA en tant que puissance mondiale », ajoute l’expert. « Elle considère au contraire qu’il est presque toujours possible de débattre avec eux des problèmes internationaux, qu’il est rare de les résoudre sans leur aide et qu’il est impossible de le faire en les défiant ».
L’amour à trois ? Non, Merkel rétablirait seulement la balance diplomatique entre Etats-Unis et Europe que l’Allemagne utilisait si bien du temps de Kohl. « Et aujourd’hui, si Berlin devait choisir, elle se tournerait davantage vers Paris que vers Washington », mentionne Hanns W. Maull, politologue de l’Université de Trèves.
Les vraies infidélités de Merkel seraient plus orientales. La Chancelière délaisse ouvertement la Turquie, un temps prôné « partenaire privilégié », pour faire du pied à la Russie de Poutine. Le « partenariat stratégique » avec le Kremlin est « incontournable pour l’avenir de l’Europe », aurait déclaré la Chancelière, un brin coquine, en présence des présidents français et polonais, lors du dernier Triangle de Weimar.
Se reposer sur le poids des habitudes
« Bruder Jacques, dormez-vous ? » chantent en chœur les adeptes inquiets du moteur franco-allemand. Mais le président français, flegmatique, semble se reposer sur les prophéties de Jean-Dominique Giuliani, président de la Fondation Robert Schuman, lors des dernières législatives allemandes : « les procédures, les habitudes et les nécessités font qu'il ne peut pas y avoir de rupture entre Paris et Berlin ». Se reposer sur le poids des habitudes, pourquoi pas, mais se laisser aller dans son couple… L’homme politique n’avait-il pas ajouté qu’ « il y a quelque chose de mécanique aujourd'hui dans la relation franco-allemande qui nécessite d'être relégitimé » ?
Un couple soumis à épreuve
Quoi de mieux qu’une épreuve difficile surmontée ensemble pour consolider une relation ? Présenté de la sorte, le dossier de la constitution européenne semble arriver à point. Depuis le « non » des Français au Traité constitutionnel européen (TCE) en mai 2005, l’UE est dans une « période de réflexion ». Au terme de sa présidence du Conseil de l’UE, en juin 2007, l’Allemagne devra remettre un rapport contenant « une évaluation de l’état des consultations avec les pays membres au sujet du traité constitutionnel » et mettant en évidence « des développements futurs possibles ».
Bruxelles y voit là le danger d’un « nouveau psychodrame politique ». Plus à craindre serait pourtant la ténacité de Merkel à vouloir sauver le TCE. « Le TCE signé par tous les gouvernements et adopté par la majorité des États membres demeure le meilleur document fondamental pour l’UE », déclarait début novembre le cabinet fédéral.
Merkel provoque son partenaire : « Le gouvernement fédéral fera tout son possible pour poursuivre avec succès le processus constitutionnel ». Mais attention aux jeux du calendrier. En mai 2007, les Français choisissent leur nouveau président et fin 2008, à l’heure où « les mesures nécessaires à ce sujet devront être prises », la France présidera à son tour le Conseil de l’UE.
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Lettre d’un grand père allemand à son petit-fils français
LA CONSTITUTION FRANCAISE DE L’EUROPE
Mon cher petit-fils,
J’ai été surpris de voir ton esprit civique à un âge où on se fout pas mal de pareilles billevesées. J’ai été encore plus surpris de m’apercevoir que tu avais déjà l’âge d’aller voter. Tu veux que je lise pour toi cette énorme et confuse élucubration et que je t’en fasse un résumé assorti de conseils judicieux.
Je l’ai relue dans cette optique et je te fais grâce d’explications détaillées.
La présentation est un peu ringarde car, elle ignore superbement la norme AFNOR de numérotation des chapitres, titres et sous-titres. Le repérage est pénible.
C’est donc une constitution française pour l’Europe. On y retrouve la « patte » de l’Ecole Nationale d’Administration, familière à tous les lecteurs du « JOURNAL OFFICIEL DE LA REPUBLIQUE FRANCAISE ». En l’occurrence, c’est précis comme l’analyse d’un avion renifleur. On y retrouve une forme et une subtilité spirituelle déjà appréciés avec la législation sur l’invention de l’avoir fiscal, sur l’imposition des plus values, et les réglementations catastrophiques sur le « regroupement familial », enfin tout ce qu’un journaliste appelait avec humour « l’autoritarisme mou ».
Comme dans nos lois inapplicables (littoral et SRU 2000, Etc.…), le verbe pouvoir remplace le verbe devoir, ce qui permet aux décideurs une abstention légale et une inefficacité certaine. Là encore, le législateur laisse la décision aux hauts fonctionnaires et aux juges administratifs. Enfin, comme dans toutes les législations françaises, les dérogations abondamment prévues transforment les meilleures intentions en vœux pieux parfaitement inutiles.
Lorsqu’il a fallu abandonner le droit régalien de « battre monnaie », on n’a pas eu besoin de constitution. L’impossibilité de faire tourner la planche à billets, pour boucher les trous du budget par des dévaluations, ne permet plus le déficit budgétaire programmé, ni la gestion sur une hypothétique croissance.
Ignorant superbement cet incontournable postulat, la constitution imaginée par des Inspecteurs des Finances, entérine les mauvaises manières de la quatrième République, ressuscitées par François MITTERAND et poursuivies par les « blancs bonnets » qui ont succédé aux « bonnets blancs ». Les mêmes se retrouvent avec bonheur pour approuver des deux mains ce qui condamne le système.
Que dire de cette phrase de l’article I – 16 (2) qui prévoit la nécessité d’une coopération loyale entre les rouages de cette organisation farfelue. Une coopération loyale ? Cela va sans dire et cela va encore mieux en ne le disant pas. On a vu ce que cela donnait pour accompagner la douteuse intervention américaine en IRAK. Quelle belle et loyale unanimité.
Enfin, cerise suprême sur le gâteau, la procédure de révision semble inspirée par notre code de l’urbanisme au chapitre de la révision du Plan d’Occupation des Sols (le fameux P.O.S amoindri en P.L.U). Puisqu’on peut la réviser, à quoi sert-elle si le suffrage universel n’intervient plus ?
Le rêve d’une Europe centrée sur le fameux « noyau dur de base », se répandant comme une tache d’huile destinée à s’étendre, en intensité, par l’unification des institutions, fiscales, économiques et sociales, ne se traduit pas dans ce verbiage vaseux.
A vouloir tout prévoir, on s’enferme dans un carcan parfaitement irréaliste. Le plus étonnant c’est de voir l’Allemagne avaler de telles couleuvres. Il est vrai qu’engourdie dans une repentance obligatoire des jeunes générations pour les folies de leurs anciens, elle n’ose plus rien dire. En lisant cette débauche de verbiage de la constitution française de l’Europe, on peut se remémorer l’affiche de la propagande allemande de 1938 : Un balai « européen » dépoussiérait devant la porte en expulsant un coq bleu blanc rouge, courroucé, avec des livres et des journaux à la mode française. La légende :
« Dehors le fatras français », est redevenue d’actualité.
Il suffira de remplacer le nom d’un des journaux balayés par celui de « constitution française pour l’Europe », pour rajeunir l’affiche.
Mon cher petit fils, je n’ai pas le droit de choisir pour toi. Je déplore que le vote « blanc » n’ait pas de signification. Il serait si bon qu’il corresponde, non à un refus total, mais à la réclamation d’un organigramme cohérent assurant le succès de l’application. Je vais donc, moi aussi, employer ce fameux verbe pouvoir.
Au OUI des vaincus on peut préférer le NON de la résistance.