

Il est là, coincé entre le resto et le café du Paris Bar, non loin de la gare de Zoo à l’ouest de Berlin. Dans la maison où travaillait le pacifiste Carl von Ossietsky de 1927 à 1933. Au 3ème étage.
Le Collège Abraham Geiger, point de mire de tous les regards lors de l’ordination des trois étudiants rabbins à la synagogue de Dresde mi-septembre, n’a rien d’un lieu de culte ou d’une école. Les cours n’ont lieu qu’une fois par semaine, autour d’une table et quelques chaises, dans une petite bibliothèque sentant les vieux livres.
Entouré d’ouvrages en hébreu pour la plupart et sous les portraits des rabbins américains Isaac Mayer Wise et Kaufmann Kohler - deux figures emblématiques du mouvement réformé du judaïsme américain - une dizaine d’étudiants âgés de 25 à 35 ans apprennent chaque jeudi comment animer un office, chanter la liturgie ou pratiquer l’hébreu. « C’est notre plus grosse journée », explique Adrian Michael Schell, 33 ans, entre deux cours. « Presque 12h en une journée pour le côté pratique de la formation. Le reste de la semaine, nous suivons les cours d’études juives et de sciences des religions à l’université de Potsdam avec d’autres étudiants.»
Après avoir travaillé comme libraire pendant 12 ans à Munich, Adrian a rejoint le Collège en avril dernier : « C’est en travaillant avec les jeunes au sein de l’association juive progressiste Young and Jewish que l’idée m’est venue de suivre la formation. » Encore en période d’essai, Adrian pense suivre les 5 ans de la formation : « Mon hébreu me donne du fil à retordre et ce n’est pas facile de tant apprendre. Mais j’apprécie l’atmosphère du Collège.»
Les élèves du Collège Abraham Geiger font figure de privilégiés par rapport à d’autres étudiants en Bachelor-Master. Leur bibliothèque est bien fournie, des livres leurs sont régulièrement envoyés des Etats-Unis. Ils disposent d’ordinateurs et même de la clé de l’établissement. « Tous reçoivent des bourses et disposent d’environ 750€/mois », ajoute le rabbin Walter Homolka, Recteur du Collège, autrefois lui-même confronté au financement de sa formation à Londres. « Mon expérience personnelle fut décisive sur deux points : le financement des études autrement que par les étudiants ainsi que la volonté de voir émerger un centre de formation progressiste en Europe continentale. » L’Allemagne s’est révélée idéale avec à la fois la participation financière de l’Etat et l’accroissement de la communauté grâce à l’arrivée de nombreux juifs de l’ex-bloc soviétique.
Au Collège Abraham Geiger, six étudiants viennent de l’ex-URSS, dont l’unique femme actuellement en formation. Une jeune Russe réfléchit à poser sa candidature, ce qui fait froncer le sourcil aux participants les plus orthodoxes. Mais tout de même, on se réjouit de la résonance médiatique des trois ordinations de mi-septembre comme en témoignent les reportages encadrés dans le couloir : ce sont les premiers rabbins progressistes ordonnés en Allemagne depuis la destruction par les nazis de l’école supérieure du judaïsme de Berlin en 1942.
Charlotte Noblet