

« Si je n’étais pas sorti, j’aurais perdu sa trace et il n’y aurait pas d’histoire à raconter », s’amuse Harry. Son grand amour est né d’un simple échange de regards avec Marko au café Duplex, dans le quartier du Marais à Paris. C’était en 94. « Le 3 mars », confirme Marko dans un français parfait. Tous deux étaient alors étudiants, l’un Français d’origine antillaise et l’autre, Allemand de l’Est passé à l’ouest dans les années 80. « Très vite, nous avons beaucoup voyagé », raconte Harry. « Et ce qui est bien avec Marko, c’est qu’il est organisé. Le musée n’est pas fermé quand on arrive, il n’y a pas de ‘plan foireux’ comme on dit en français ! » Mais attention, pas question de tomber dans le cliché : « Je ne suis pas organisé pour être organisé, c’est seulement pour vivre mieux », précise Marko.
C’est justement cet esprit de rigueur, de clarté qui séduit Nathalie, germaniste avertie de 36 ans : « L’Allemagne m’a toujours plu. Peut-être parce que j’y ai passé une partie de mon enfance. » Nathalie a fréquenté une école primaire française du Bade-Wurtemberg lorsque sa famille a suivi le papa, militaire de carrière. « Depuis, je n’ai jamais rompu le lien avec l’Allemagne ». Des voyages linguistiques, des études d’allemand, un an d’assistanat et, en août 2000, le mariage de sa correspondante allemande à Berlin. C’est là que Nathalie rencontre Wolfgang, devenu depuis son mari. « Il est de la Province. Pardon, de Brême. » Le couple franco-allemand vit aujourd’hui dans la capitale – comprenez : à Berlin.
Les familles respectives ont accepté cette union sans broncher. Les préjugés issus des deux Guerres mondiales semblent doucement s’effacer : on ne refuse plus sa fille au jeune homme du pays voisin. Au contraire, la jeunesse voyage et, dans le monde estudiantin des Erasmus, les relations franco-allemandes se portent bien ! En 2004, 1108 unions franco-allemandes se sont nouées en Allemagne, 778 en France. Et les enfants ne sont pas en reste : en 2003, le consulat à Berlin a enregistré 30% de bébés franco-allemands de plus. Une progression fulgurante !
A Berlin, Nathalie vit en immersion quasi totale. Wolfgang ne parle pas français mais peu importe : la plupart des amis français de Nathalie sont germanophones. « C’est seulement difficile pour lui de communiquer avec sa belle-famille », résume Nathalie. Chez eux, l’obstacle de la langue n’existe pas. Du moins, tant qu’ils n’ont pas d’enfant. Car ensuite, Nathalie aimerait que chacun parle dans sa langue maternelle. « C’est comme la nationalité ou le changement de nom après le mariage : une question d’identité. J’ai beau préférer l’Allemagne, je reste française ! », explique Nathalie, sans craindre le paradoxe...
A écouter ces tourtereaux, c’est moins la nationalité que la personnalité qui définit le partenaire. A chaque casserole, donc, de trouver son couvercle, ou en français : à chacun de trouver chaussure à son pied !
Charlotte Noblet
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