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Les faussaires juifs du Troisième Reich

Voici la plus grande opération de contrefaçon de tous les temps: plus de 131 millions de livres britanniques imprimées secrètement par les Nazis dans l’intention d’affaiblir l’économie ennemie. On est en 1943, et l’Allemagne réquisitionne à tour de bras pour soutenir l’effort de guerre. Y compris la main d’œuvre concentrationnaire. Et c’est bien là le plus fascinant. Basé sur les mémoires de déportation de l’Autrichien Adolf Burger, le 5e film de l’éclectique Stefan Ruzowitzky relate la formidable histoire des conditions très particulières, sinon tragiques, de  l’opération. Sous le nom de code ‘Unternehmen Bernhard’, 142 déportés juifs sont recrutés à travers l’enfer des camps nazis pour leurs talents de graphistes, avant d’être transférés à Sachsenhausen où ils seront immédiatement employés à la fabrication de faux billets. C’est là, dans les conditions privilégiées mais précaires d’un baraquement de 1e classe, que ces faussaires malgré eux réussiront à produire des millions de livres et même à falsifier le dollar américain. Au goût du défi de Salomon Sorowitsch (Karl Markovics), faussaire par vocation (« pourquoi faire de l’argent avec son art quand faire de l’argent  peut être un art ? »), s’opposent les convictions politiques des uns (Burger, incarné par August Diehl) et se juxtapose l’instinct de survie de tous les autres. Dans ce huis-clos au centre de l’enfer s’entrechoquent les consciences de victimes juives aux mains salies par l’encre des faux monnayeurs à la solde de l’Allemagne nazie.

Ruzowitzky s’intéresse clairement à leur dilemme moral, illustré dans le face à face Sorowitsch/Burger, mais plus généralement à travers la condition privilégiée de ces déportés ‘de luxe’ (repas réguliers, vêtements, chaussures en cuir, livres et  jeux de société, dimanches chômés et même une table de ping-pong !). Se divertir d’une partie de Tischtennis au beau milieu de la torture quotidienne et des exécutions sommaires de co-déportés moins fortunés, est-ce bien moral ? Si Die Fälscher a le mérite de poser la question, il l’a surtout de ne pas y répondre. Karl Markovics campe un Sorowitsch impénétrable, à la hauteur de sa complexité morale de malfaiteur héroïque, opportuniste et courageux. Quant à August Diehl, il efface son ardoise d’officier nazi ambitieux dans le Neuvième Jour de Schlöndorff pour incarner tout le contraire : un communiste incorruptible prêt à risquer sa vie (et celle des autres) pour ses idéaux. La reconstitution historique signée studio Babelsberg est convaincante et le film se regarde comme une belle aventure concentrationnaire, construite autour du flamboyant « Sally » Sorowitsch, dont on suit le destin du Berlin des années 30 au Monte-Carlo de l’après-guerre, à travers un long flashback. Car Die Fälscher est avant tout un film divertissant (plus Liste de Schindler que Nuit et Brouillard). A propos de morale, ça vous pose un problème? Moi oui, un peu, mais bon…

 

Nadja Vancauwenberghe

 

Die Fälscher, Stefan Ruzowitzky, Allemagne-Autriche, 2007, sortie le 22 mars

 

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