Volker Schlöndorff, baroudeur des sagas politiques, poursuit son exploration des grandes causes d’hier avec Strajk, une hagiographie émouvante mais sans surprise d’Anna Walentynowicz dont le licenciement des chantiers navals de Gdansk en 1980 devait provoquer une grève à l’origine de la création de Solidarnosc… et selon Schlöndorff, de la chute du Mur. Un sujet séduisant: une sainte patronne de la cause ouvrière, une femme courageuse, travailleuse émérite, mère exemplaire… et une belle abnégation doublée d’un mysticisme bien polonais (lorsque son mari meurt et que sa tumeur disparaît par magie, l’ouvrière comprend : « Dieu a un dessein pour moi ! »). Katharina Thalbach, l’œil farouche et la mèche rebelle, insuffle une ferveur adéquate à sa vaillante héroïne. Mais un peu kitsch, le film ressuscite les événements avec plus d’emphase et de pittoresque que de vérité historique, ce qui a déplu à ladite Walentynowycz, 78 ans, froissée de voir les meetings de 1980 ainsi portraiturées : Herr Schlöndorff, on ne buvait pas de vodka durant les négociations ! Qu’importe, Lech Walesa, réquisitionné pour l’occasion, donne au film une légitimité, sinon historique (il y a bien vu « les mensonges du cinéaste» – mais quoi, ce n’est pas un docu !) du moins artistique : le film lui a beaucoup plu.
Close to Home, quant à lui, ancré dans l’actualité brûlante du conflit israélo-palestinien, s’efforce curieusement de ne pas parler politique. Deux fraîches recrues de l’armée israélienne, Mirit, la fille sage, et Smadar, la rebelle, sont amenées à faire équipe. Leur tâche ? Contrôler l’identité des passants arabes dans un secteur de Jérusalem. Le film ressemble à Hélène et les Garçons version hardcore et kascher. Nos deux héroïnes discutent de mecs bandants, de coupes de cheveux ou de chapeaux en solde. Et quand elles se rebellent, leur révolte est somme toute assez ordinaire : le boulot est ingrat et la discipline exigeante. Il s’agit davantage d’un refus de l’autorité (militaire) que des choix politiques qui la sous-tendent. Il y a bien le harcèlement et l’humiliation de la population arabe face à une logique sécuritaire fondée en grande partie sur le délit de faciès (Arabe = terroriste potentiel = vérification des papiers), mais l’absence de discours politique rend le propos assez incertain. Que montre ce film? L’absurdité de la conscription des filles, assignées à des tâches vaines (une bombe explose dans leur secteur - les contrôles n’auront servi à rien) dans un système complaisant ? Ou plaide-t-il pour une responsabilité collective accrue des Israéliens dans la sécurisation de leur pays : si les jolies bidasses avaient fait leur boulot correctement, auraient-elles pu éviter l’attentat? Tourné en vidéo amateur, ce film ne manque cependant pas d’un certain charme. On se laisse séduire par la banalité étrange dans laquelle évoluent nos deux héroïnes – par ailleurs vaillamment interprétées. Un film bizarre et finalement pénétrant, offert à toutes les extrapolations.
Nadja Vancauwenberghe
Strajk, Die Heldin von Danzig,Volker Schlöndorff, All, 2006. Sortie le 8 mars
Close to Home, Vardit Bilu et Dalia Hagar, Israel, 2005. Sortie le 8 mars
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Volker Schlöndorff, baroudeur des sagas politiques, poursuit son exploration des grandes causes d’hier avec Strajk, une hagiographie émouvante mais sans surprise d’Anna Walentynowicz dont le licenciement des chantiers navals de Gdansk en 1980 devait provoquer une grève à l’origine de la création de Solidarnosc… et selon Schlöndorff, de la chute du Mur. Un sujet séduisant : une sainte patronne de la cause ouvrière, une femme courageuse, travailleuse émérite, mère exemplaire… tant d’abnégation doublée d’un mysticisme bien polonais (lorsque son mari meurt et que sa tumeur disparaît par magie, l’ouvrière comprend : « Dieu a un dessein pour moi ! »). Katharina Thalbach, l’œil farouche et la mèche rebelle, insuffle une ferveur adéquate à sa vaillante héroïne. Mais un peu kitsch, le film ressuscite les événements avec plus d’emphase et de pittoresque que de vérité historique, ce qui a déplu à ladite Walentynowycz, 78 ans, froissée de voir les meetings de 1980 ainsi portraiturés : Herr Schlöndorff, on ne buvait pas de vodka durant les négociations ! Qu’importe, Lech Walesa, réquisitionné pour l’occasion, donne au film une légitimité, sinon historique (il y a bien vu « les mensonges du cinéaste» – mais quoi, ce n’est pas un docu !) du moins artistique : le film lui a beaucoup plu.
Close to Home, quant à lui, ancré dans l’actualité brûlante du conflit israélo-palestinien, s’efforce curieusement de ne pas parler politique. Deux fraîches recrues de l’armée israélienne, Mirit, la fille sage, et Smadar, la rebelle, sont amenées à faire équipe. Leur tâche ? Contrôler l’identité des passants arabes dans un secteur de Jérusalem. Résultat des courses, le film ressemble à Hélène et les Garçons version hardcore et kascher. Nos deux héroïnes discutent de mecs bandants, de coupes de cheveux ou de chapeaux en solde. Et quand elles se rebellent, leur révolte est somme toute assez ordinaire : le boulot est ingrat et la discipline exigeante. Il s’agit davantage d’un refus de l’autorité (militaire) que des choix politiques qui la sous-tendent. Il y a bien le harcèlement et l’humiliation de la population arabe face à une logique sécuritaire fondée en grande partie sur le délit de faciès (Arabe = terroriste potentiel = vérification des papiers), mais l’absence de discours politique rend le propos assez incertain. Que montre ce film? L’absurdité de la conscription des filles, assignées à des tâches vaines (une bombe explose dans leur secteur - les contrôles n’auront servi à rien) dans un système complaisant ? Ou plaide-t-il pour une responsabilité collective accrue des Israéliens dans la sécurisation de leur pays : si les jolies bidasses avaient fait leur boulot correctement, auraient-elles pu éviter l’attentat?
Tourné en vidéo amateur, ce film ne manque cependant pas d’un certain charme, grâce à cette modestie artistique et à l’absence de sophistication.
Nadja Vancauwenberghe
Strajk, Die Heldin von Danzig,Volker Schlöndorff, All, 2006. Sortie le 8 mars
Close to Home, Vardit Bilu et Dalia Hagar, Israel, 2005. Sortie le 8 mars