« Traduttore, traditore », disait je ne sais plus qui, en tout cas un Italien. En bref, toute traduction serait une trahison. Ceci explique cela. Récemment invité sur France Culture, François Samuelson, agent littéraire de son métier, déclarait : « En France, toute la chaîne du livre – de l’éditeur au libraire en passant par le diffuseur - peut vivre de la littérature. A part les écrivains ». En Allemagne, il existe une profession encore plus misérable : le traducteur littéraire. Depuis des années, la Fédération allemande des traducteurs littéraires tente de faire valoir ses droits auprès des éditeurs. Que veut-elle? Une rémunération correcte, et de réels droits d’auteur. « Ils font des caprices de divas ! », titrait Die Zeit sur le sujet le 22 février dernier. Citant Henning Ahrens, le journaliste pointait du doigt deux « problèmes » majeurs : les traducteurs se prendraient pour des écrivains, et ils souhaiteraient vivre de leur profession. Diantre, effectivement quel culot ! Ahrens, pourtant lui-même traducteur et écrivain, partagerait-il l’avis trop répandu selon lequel les traducteurs littéraires seraient tous des écrivains ratés ? Le traître. Traduttore, traditore... Dans ce cas, normal que ces forbans touchent un salaire de misère, après tout Judas n’avait pas fait fortune avec sa félonie, à peine une trentaine de piécettes. Le traducteur littéraire, lui, doit se contenter d’une participation d’en moyenne 0,5 % sur le prix de vente du livre… à partir du 30 000e ouvrage vendu (150 000e dans le cas d’un livre de poche) et d’une rémunération de 15 à 20 euros le feuillet - soit deux fois moins que ce que touche un traducteur technique. Pfff, qu’il travaille donc deux fois plus ! Dans la Süddeutsche Zeitung, Barbara Kleiner, elle-même traître de profession, a fait les comptes: en moyenne, les traducteurs littéraires vivent avec 1000 euros par mois. Un vrai salaire d’artiste. Car artistes, ils le sont bel et bien. Pour s’en convaincre, il suffit de faire traduire quelques pages de littérature par un traducteur sans talent. Oui, des artistes, de fins connaisseurs de la langue, même de DEUX, et qui savent en user avec virtuosité pour composer dans tous les styles. D’ailleurs, les écrivains ne seraient-ils pas tous des traducteurs ratés ?