Ne croyez pas la presse! Début décembre, Mark Wallinger remportait le Prix Turner 2007. Ça, c’est un fait. Le problème c’est que les journaux français et allemands ne se sont pas entendus sur l’œuvre qui a valu au Britannique cette distinction parmi les plus controversées au monde. Et je ne suis même pas sûre qu’ils s’en soient rendu compte. En France, certains (le Monde, l’Express, la Tribune, RMC…) informaient que Wallinger avait été primé pour son œuvre intitulée « Sleeper 2004-05 », une vidéo où l’artiste paradait à Berlin dans la Neue Nationalgalerie pendant dix nuits d’affilée.... déguisé en ours (Le Monde préférait à ce vocable trivial celui plus raffiné de « plantigrade »). Ce qui faisait sourire discrètement les journalistes de l’Hexagone qui rappelaient que le prix Turner était habitué aux polémiques, puisqu’en 1995 il avait distingué Damien Hirst pour sa sculpture d’une vache conservée dans de la saumure, et que trois ans plus tard Cris Ofili avait gagné grâce à une œuvre barbouillée d’excréments d’éléphant. En Allemagne, par contre, les journaux annonçaient que cette année le Prix Turner se faisait politique étant donné qu’il récompensait Mark Wallinger pour son œuvre State Britain, c’est-à-dire la réplique exacte d’un campement installé face au parlement londonien depuis juin 2001par un militant pacifiste qui souhaitait ainsi dénoncer la situation des enfants victimes des sanctions économiques de l’ONU contre l’Irak. Le Spiegel nous en apprenait un peu plus, enfin un tout petit peu plus, puisque d’une phrase lapidaire il expliquait qu’alors que Wallinger entrait dans la sélection finale pour le Prix, il avait envoyé la vidéo de sa performance en ours dans sa patrie ( ?). Mais c’est finalement le Zeit qui devait nous fournir la clé : Si c’est bien avec « Sleeper 2004-05 », une œuvre créée à l’origine pour la Biennale de Venise de 2005, que Mark Wallinger a postulé pour le Prix Turner, c’est pour State Britain qu’il a été primé. Soit. Juste, moi je ne comprends pas la démarche du jury de récompenser une autre œuvre que celle présentée par l’artiste, désorientant ainsi toute la presse internationale. Et je ne le saurai sans doute jamais. En attendant, je vous le répète : ne croyez pas la presse ! Sauf La Gazette.