La danseuse et chorégraphe Régine Chopinot présente à Berlin sa dernière création « Garage ».
Androgyne aux cheveux courts, elle apparaît pieds nus, en jeans et tee-shirt noirs. Elle prend possession de la scène, lentement, avec une succession de postures et d’images arrêtées. Habillé par la musique du guitariste Gianni-Grégory Fornet et le beau et subtile éclairage de Maryse Gautier, le corps puissant à la grâce féline de la danseuse devient l’élément d’expression réagissant au son et à la lumière. L’ombre dansante se cabre, se casse, scrute et « écoute » l’espace avec toutes les parties de son corps. Chaque ouvement, précis, soigné et harmonieux, est supposé laisser le temps à la danse de se construire sans pour autant, malheureusement, y parvenir car noyée par la musique.
Electrique, très forte (et parfois un peu répétitive) la musique devient, peu à peu, au centre de l’attention. Elle emplit la salle et sa bruyante omniprésence fi nit par occulter la présence de Chopinot elle-même. D’où le sentiment que l’effet « trio qui ne fait qu’un » se perd peu à peu pour laisser le son envahir l’espace, allant même jusqu’à pousser la danseuse à s’écarter de scène et à devenir spectatrice de son propre spectacle. L’harmonisation des trois éléments (danse, musique et lumière) semble devenir de plus en plus difficile à maintenir sur la durée. Et si l’artiste reprend le contrôle du spectacle en en décidant la fin (elle coupe subitement le son), elle ne reprendra cependant pas possession de la scène, nous abandonnant à un sentiment de frustration.
Un final brutal qui s’accorde avec la violence de l’intériorité que Chopinot exprime tout au long du spectacle car, n’en déplaise à ceux qui l’accusent de n’être plus qu’une danseuse imaginaire, elle est aujourd’hui, une danseuse de l’imaginaire. Exercice difficile, qui répond à la question qu’elle s’était posée voilà quelques années : « Que reste-t-il à danser ? ».
LETIZIA MARIOTTI
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