"Il faut mener une troisième révolution industrielle"

Dr Hermann Ott, directeur du bureau berlinois de l´Institut de Wuppertal pour le climat, l´environnement et l´énergie répond à nos questions
Pourquoi les risques de changement climatique sont-ils soudain devenus une priorité de la politique internationale?
Nos résultats scientifiques montrent que le réchauffement climatique va beaucoup plus vite que ce qu’on avait pensé. Il nous reste entre 10 et 15 ans, non pas pour penser aux solutions mais pour changer les choses. D’ici là, les émissions de CO2 devront avoir diminué dans le monde entier. C´est notre défi actuel.
En 2005, une découverte décisive sur les tipping points ou «points de rupture» a montré que les changements ne sont pas linéaires mais progressifs.
Dans l’Arctique par exemple, la fonte des glaces s’est accélérée car elle n’a plus seulement lieu à la surface mais de l´intérieur. L´eau s´infiltre par les crevasses, et il se forme au sol une couche sur laquelle les blocs glissent. Le temps nous est compté et les politiques, en dialogue avec les scientifiques, l´ont compris.
A part Georges Bush, quels sont les freins à la prise de mesures urgentes?
(Rires) Les populations et les politiques ont enfin pris conscience de l’urgence des mesures à prendre. Le dernier frein ce sont les entreprises qui tirent profit de la situation actuelle: les entreprises de pétrole, de charbon, de gaz, l’industrie automobile et chimique. Ils craignent de perdre leurs profits et font donc tout pour que rien ne bouge. Or, ils se mettent eux-mêmes le couteau sous la gorge. Aujourd’hui, la politique a un mandat de la population pour changer les choses mais elle n´a pas le courage de le faire pour ne pas porter atteinte à ces firmes.
Il faut mener une troisième révolution industrielle.
Toutes les projections d’avenir sont catastrophiques. Vous n’auriez pas une bonne nouvelle?
Si, je suis d’un naturel optimiste ! Le réchauffement climatique peut avoir des effets positifs dans la mesure où il nous offre la chance de réorganiser le monde. Nous ne pouvons pas combattre ces évolutions sans réduire les inégalités sociales, à la fois nationales mais aussi dans le rapport Nord-Sud. Si nous voulons que les pays du sud évitent la période des combustibles fossiles, nous devons les soutenir très fortement.
Il y a aussi d’autres aspects positifs comme la vision d’un réseau électrique européen, dans auquel l’Afrique du Nord participerait grâce à un système de panneaux solaires géants. Comme Internet relie les gens des quatre coins du monde, dès le milieu du siècle, on pourrait imaginer un réseau mondial d’énergie, que chacun soit capable de produire et de redistribuer son énergie, à partir d’un panneau solaire sur son toit ou d’une éolienne.
Je vois le changement climatique comme un catalyseur pour un monde de paix et de justice.
Mais pour cela, il faut faire les bons choix : réduire notre consommation, lier un pacte avec les pays du sud pour lutter contre la pauvreté et soutenir le développement à partir d’énergies renouvelables.
Que faut-il changer à nos habitudes quotidiennes?
Le plus facile et le plus efficace, c’est de passer à l’énergie verte. Ca ne prend que 5 minutes, un formulaire à remplir sur Internet chez Lichtblick ou Greenpeace. Réduire ses déplacements en voiture et surtout en avion, manger moins de viande, dont la production consomme énormément, et acheter bio de façon régulière. Tout cela fait déjà une grande différence dans le bilan climatique.
Caroline du Bled