imprimer   03.09.2010 
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Adjugé vendu. Scène de rue berlinoise d’Ernst Ludwig Kirchner, le fleuron du Brücke Museum, s’est monnayé le 8 novembre dernier chez Christie’s à 30 millions d’euros. L’acheteur, anonyme, en a de suite gentiment fait don à la Neue Galerie de New York. Un beau cadeau de Noël.

 

Depuis 1998 et la Déclaration de Washington - qui engage les signataires à identifier les œuvres d’art spoliées sous le National Socialisme, à les rendre publiques (www.lostart.de), à en rechercher le propriétaire légitime, et le cas échéant à le dédommager – rien ne va plus. Les musées européens tremblent de voir disparaitre de leur collection des œuvres fondamentales. Et les prix flambent. La vente de peintures impressionnistes et modernes organisée par Christie’s a ainsi pulvérisé tous les records : 381 millions d’euros en tout.
A Berlin, le milieu artistique s’insurge: le tableau de Kirchner devait rester dans la capitale allemande. Il a été acheté à son propriétaire sous le régime nazi pour une somme « appropriée ». 3 000 Reichsmarks. « Bien au-delà des prix de l’époque », affirme Daniel Amelung, l’avocat munichois qui a déposé plainte contre Klaus Wowereit pour restitution abusive. Oui, Scène de rue berlinoise a bel et bien été vendu en 1936 par la veuve d’Alfred Hess, réfugiée en Suisse après l’arrivée d’Hitler au pouvoir. Le problème, c’est qu’il n’existe aucune trace écrite de la transaction. Quid de la fameuse burocratie allemande ? Incapable de prouver que la somme a bien été versée, le maire de Berlin a préféré restituer le tableau à la petite-fille de son ancien propriétaire, laquelle s’est empressée de le mettre aux enchères. 

 

Un désastre ! C’est ainsi que le président du Deutscher Museumsbund a qualifié l’affaire dans une interview accordée au Spiegel. «Des œuvres précises appartenant à des collections publiques sont sélectionnées et mises sur le marché par un consortium d’intéressés : il s’agit d’un big business visant à doper le marché de l’art ! » En bref, point de considérations morales mais un juteux marché de la restitution.

 

Car dans cette histoire, c’est aussi la question du prix de l’art qui se pose. A New York, le clou de la vente consistait en quatre Klimt qui ont totalisé à eux seuls 150 millions d’euros. Car Klimt a la cote. En juin, un portrait d’Adele Bloch-Bauer du même s’était arraché à 105 millions d’euros. Lorsqu’un tableau atteint de telles sommes, on est en droit de se demander si la peinture n’est pas un miroir dans lequel le propriétaire ne ferait qu’observer sa propre grandeur.

 

 

*Céline Robinet, auteure, slameuse et traductrice, vit de sa plume à Berlin. Elle a publié son premier recueil de nouvelles: "Vous avez le droit d'être de mauvaise humeur, mais prévenez les autres!" au Diable Vauvert en 2005.





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