Je me souviens très bien de mon premier séjour à Berlin: c’était en hiver 1996, un de ces hivers dont tous les vieux affirment qu’il est le plus rude depuis cinquante ans, les températures avoisinaient les – 20 °C et le brouillard était pour moi toute seule. Les Berlinois préféraient rester bien au chaud chez eux. Moi, emmitouflée, j’arpentais la ville. Le froid était magnifique, vivifiant, je n’ai jamais connu un hiver aussi beau. Un soir, je me suis arrêtée devant le Staatsoper Unter den Linden. A l’époque, c’était extraordinaire, magique, certains soirs, on pouvait choisir entre trois versions différentes de la Flûte enchantée. Car à Berlin, il y a trois opéras. Même cinq si on compte le Neuköllner Oper et le dernier-né, le Zeitgenössische Oper, fondé en 1997 et consacré exclusivement à la musique contemporaine. Autant d’opéras, c’est sûr, ce n’était pas viable. Trop cher pour la capitale allemande aux finances publiques catastrophiques. Alors en 2003, le Sénat de Berlin a opté pour une solution permettant au public de garder ses repères : les trois opéras les plus financés – le Staatsoper Unter den Linden, le Komische Oper et le Deutsche Oper - ont été rassemblés en une fondation, l’Opernstiftung, les services techniques et les compagnies de ballet ont fusionné, et surtout les subventions ont été condamnées à diminuer progressivement. Pendant quinze mois, cette Opernstifung a navigué sans vraie direction, avant l’arrivée début 2006 de Michael Schindhelm. Fraîchement dépêché de Suisse où il était intendant du Théâtre de Bâle, Schindhelm a été mis à rude épreuve. D’une part, il lui fallait – en tant qu’ex-collaborateur inofficiel de la Stasi- gagner la confiance de l’intelligentsia berlinoise, d’autre part il devait jongler avec un budget qui se réduisait comme peau de chagrin. Le verdict était sans appel : d’ici 2009, il devait économiser 16,8 millions d’euros.
Juste après les élections du 17 septembre, Wowereit a déclaré qu’il fallait voir si ces mesures de restrictions étaient une erreur, ou si c’est Michael Schindhelm qui n’était pas à sa place. « Dans ce cas, nous n’aurons plus besoin de lui », a ajouté Wowi. Le maire en fonction ne semble pas apprécier qu’on mette en doute ses décisions. Car Schindhelm n’a jamais caché son scepticisme quant à la viabilité des trois institutions si les subsides continuaient à baisser.
Alors, faut-il fermer un opéra – Schindhelm a affirmé qu’il était contre -, en fusionner deux, faire financer le Staatsoper par l’Etat fédéral ? La crise des opéras berlinois continue. Dommage.
*Céline Robinet, auteure, slameuse et traductrice, vit de sa plume à Berlin. Elle a publié son premier recueil de nouvelles:"Vous avez le droit d'être de mauvaise humeur, mais prévenez les autres!" au Diable Vauvert en 2005.