
Il y a quatre ans, avec son premier album Quelqu’un m’a dit Carla Bruni avait réussi un coup de maître et connu un succès foudroyant avec plus de 2 millions d'albums vendus à travers le monde.
On connaît l’histoire de cette belle petite fille riche, née en Italie d’un père grand industriel et d’une mère pianiste, qui, menacés par les brigades rouges, avaient fui l’Italie avec leurs enfants pour la France. On sait aussi qu’elle avait prématurément interrompu ses études pour entamer une carrière de mannequin et devenir, dans les années 90, une des top-models les plus en vues de la planète.
Ce que l’on sait moins, c’est que la musique a toujours tenu une place importante dans la famille Bruni et qu’en 1998, Carla quitte définitivement les podiums pour prendre des cours de chant. Elle travaille dur et dès 2000, écrit des textes pour Louis Bertignac et Julien Clerc avant de se lancer dans l’écriture de son propre album… un succès inespéré.
Son nouvel opus était donc très attendu, autant de la part des critiques que du grand public qui avaient loué dans ce premier album son sens mélodique et ses paroles très personnelles.
Avec No Promises, Carla Bruni a voulu surprendre et brouiller les pistes en proposant une mise en musique et en voix de 11 poèmes romantiques anglo-saxons de la fin du 19e siècle et du début du 20e.
Oublions l’ambiance très « Maison & Travaux » de la pochette pourtant réalisée par le grand photographe indien Bharat Sikka, ou la durée de l’album, 34 minutes seulement !… Et reconnaissons qu’elle n’a pas choisi la facilité en s’attaquant à des textes d’un autre siècle, d’une autre langue. Parmi eux, ceux d’ Emily Dickinson, l’un des plus grandes poétesse américaines qui avait choisi de vivre à l’écart des bruits du monde, Dorothy Parker, qui avait obtenu l’Oscar du meilleur scénario pour "Une étoile est née" de William A.Wellman, réadapté par George Cukor, et William Butler Yeats, Irlandais, prix Nobel de littérature en 1923.
Pour la mise en bouche de ces textes emprunts de mélancolie, de souvenirs de jeunesse, de murmures d’amour fou et de rêveries souriantes, Carla Bruni s’est d’ailleurs adjointe une coach de luxe en la personne de Marianne Faithfull.
Mais même inédit, cet album reste familier. Car côté musique, on retrouve l’univers de Carla Bruni : mélodies bien ciselées, chuchotements, voix si particulière, qui en avait fait craquer plus d’un.
On aime toujours ces chansons folk et pop, douces et aérées, pourtant il faut reconnaître que cette fois l’émotion passe plus difficilement. Est-ce la musique - dont les arrangements et la réalisation ont été à nouveau confiés au fidèle Louis Bertignac – qui est plus présente, plus sophistiquée, certains diront prétentieuse, et semble prendre le dessus sur la voix ? Ou est-ce justement son style vocal qui s’accorde mal avec la langue de Shakespeare ?
Bien sûr, sa voix soupirante, caressante et espiègle, ses murmures tout en chaleur et sensualité continueront de séduire les inconditionnels - et d’agacer les réfractaires. Certes les mélodies et orchestrations sont agréables à l’oreille, mais il manque une intimité, une émotion, la vie tout simplement, qui aurait pu faire de cet album plaisant, une œuvre rare et touchante.
Carla Bruni - No Promises / Naïve/Edel records
Bertrand Jeanneté
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