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19h30. Les portes se referment sur la salle du Berliner Ensemble. Moquette rouge, dorures omniprésentes, chérubins et atlantes… le décor, rococo, est digne de la Comédie française. Bienvenue au théâtre que Bertolt Brecht et sa compagne Hélène Weigel ont fondé en 1954.

 

Un nom apparaît sur un écran : Rosa Luxemburg. La pièce au programme, « Die Mutter », a été montée en 2003 pour l’anniversaire de sa mort, elle est représentée ce soir pour celui de sa naissance. Sur la scène, une femme s’avance et évoque un monde meilleur, une révolution… ce sont les paroles de la célèbre militante communiste assassinée en 1919. Elle s’éloigne et croise l’héroïne de la pièce de Brecht, incarnée par l’impressionnante Carmen-Maja Antoni ; le personnage de fiction se substitue au personnage historique.

Le principe du Verfremdungseffekt, le fameux « effet de distanciation » théorisé par Brecht, plane sur la mise en scène : sur scène, une table et quatre chaises. Impossible de s’identifier aux personnages, puisque plusieurs rôles sont interprétés par les mêmes acteurs. Ce théâtre-là ne souhaite pas rivaliser avec la réalité, il veut l’expliquer. Ce qui prime, c’est l’histoire. Celle d´une mère, analphabète, qui s’investit dans la lutte engagée par son fils et qui lui a coûté la vie.

« Brecht avait tout compris, son discours politique est d’une actualité effarante », s´enthousiasme Lisa, 79 ans, habituée du Berliner Ensemble de longue date. Pour Claus Peymann, directeur artistique du lieu, « le principal héritage de Brecht, c’est sa conception même du théâtre. Il voulait dénoncer les puissants et faire tomber leurs masques. Il se sentait responsable vis-à-vis des opprimés ».  Certes, le répertoire actuel du Berliner Ensemble n’est pas très novateur. Au programme, Max Frisch, Thomas Bernhard, Friedrich Schiller…. Et Brecht. Pour Claus Peymann, celui qui a mis en scène les dangers des monopoles à l’échelle mondiale, le chômage de masse et les limites du capitalisme « a encore beaucoup à nous dire et à nous apprendre ».

La statue de bronze de Bertolt veillera encore longtemps sur le Berliner Ensemble.

 

Aurore Peyroles

 

 

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